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05 mars 2026|Culture

Le document du mois de mars 2026

Joséphine Baker, égérie du music-hall, au casino municipal de Cannes, 1969-1975

Joséphine Baker (1906-1975), star du music-hall, résistante et militante, est la sixième femme et la première femme de couleur à entrer au Panthéon (30 novembre 2021). Elle a marqué Cannes en se produisant sur la scène des Ambassadeurs, au casino municipal, entre 1969 et 1975. 

Les Archives municipales de Cannes lui rendent hommage à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Une icône intemporelle symbole de courage et de talent.

Affiche du Gala du Nouvel an aux Ambassadeurs, 31 décembre 1969
Archives municipales de Cannes, Fonds Trémeuge, 25Fi959

 

Joséphine Baker (1906-1975), égérie du music-hall
C’est sur une idée de sa productrice, Caroline Dudley Reagan, épouse de l’attaché commercial de l’ambassade américaine à Paris, que Joséphine Baker et sa troupe de music-hall quittent les États-Unis pour rejoindre la capitale française en septembre 1925.

Son spectacle, La Revue nègre, rencontre un succès immédiat : les représentations font salle comble au Théâtre des Champs-Élysées. Sur scène, Joséphine Baker marque les esprits en dansant le charleston, presque nue, vêtue seulement d’un pagne et de fausses bananes, au rythme envoûtant des tambours, dans un décor évoquant la savane. L’affiche du spectacle, signée par le dessinateur Paul Colin, joue également un rôle clé dans son triomphe. En 1930, pour la revue Paris qui remue, le spectacle est joué 481 fois, et sa chanson « J’ai deux amours » devient l’hymne emblématique de Joséphine Baker.

Le Gala Joséphine Baker à Juan-les Pins
Archives municipales de Cannes, La Saison de Cannes, 10 septembre 1932, JX9

 

Dans les années 1930, les « Années folles » sont marquées par une forte influence américaine. Des personnalités comme Gould ou Fitzgerald résident sur la Côte d’Azur, tandis que les musiciens de jazz font leur apparition dans les dancings et bars américains de la région.

Joséphine Baker, devenue une star internationale, est régulièrement invitée à se produire à Nice ou à Juan-les-Pins. La revue mondaine La Saison de Cannes relate d’ailleurs sa venue à Juan-les-Pins en 1932 : elle séjourne alors à l’hôtel Provençal. Le journal décrit son passage au casino de Juan-les-Pins, où elle organise un gala de bienfaisance pour les chômeurs. Avec son charisme légendaire, elle y joue les maîtresses de maison, mettant à l’aise ses invités en interdisant la tenue de soirée avant de les entraîner dans une ambiance endiablée. Comme le souligne l’article : « Avec l’entrain qui a fait d’elle la plus populaire de nos étoiles, elle fut, entre la scène et la salle, une animatrice incomparable. » (La Saison de Cannes, 10 septembre 1932, page 23).

Après la Seconde Guerre mondiale, Joséphine Baker épouse le chef d’orchestre Jo Bouillon, un musicien talentueux qui avait commencé sa carrière dès l’âge de 11 ans à la Jetée-Promenade de Nice. Artiste accomplie et mère dévouée, Joséphine Baker met plusieurs fois sa carrière entre parenthèses pour se consacrer à sa grande famille, surnommée la « tribu arc-en-ciel ».

En 1956, elle fait ses premiers adieux à la scène lors d’un spectacle à l’Olympia. Cependant, elle remonte sur les planches avant de prendre une seconde retraite, tout aussi triomphale, le 6 février 1959, alors qu’elle est au sommet de sa gloire.

En 1969, alors que Joséphine Baker traverse une période difficile sur le plan financier, sa compatriote, la princesse Grace de Monaco, lui offre un logement à Roquebrune-Cap-Martin pour le reste de sa vie. Elle l’invite également à Monaco pour participer à des spectacles de charité, lui offrant ainsi un nouveau souffle.

Joséphine Baker au casino municipal de Cannes
Ouvert au début du XXᵉ siècle pendant la saison d’hiver, le casino municipal connaît un tournant majeur en restant ouvert toute l’année à partir de 1957. En 1962, Lucien Barrière succède à son oncle, François André, au poste de président-directeur général du casino municipal. 

Le restaurant des Ambassadeurs, avec une capacité de 650 couverts, devient un lieu incontournable. Un tiers du sous-sol est consacré aux cuisines, tandis que le New Brummell, situé au sous-sol, se transforme en un night-club très prisé à partir des années 1960.

Le casino municipal incarne le succès et l’affluence de Cannes, notamment pendant les périodes de réveillon. Dès 1967-1968, plus de 800 convives se pressent aux Ambassadeurs pour célébrer le Nouvel An. Comme le rapporte Nice-Matin : « Le succès est à tous les étages : on sert 150 repas au New Brummell (anciennement Brummell) et 300 dans les salons de jeux, un record jamais égalé. »
Ce succès s’explique par un programme artistique ambitieux, conçu par la direction : six spectacles et plus de 2000 convives pour les fêtes. Une autre preuve de cette popularité grandissante : le thé dansant du 1ᵉʳ janvier passe de 150 convives en 1967 à 400 en 1968. (Nice-Matin, 6 janvier 1968).

Joséphine Baker : une grande dame aux « Ambassadeurs » 
Cannes Midi, n° du 2 janvier 1970
Archives municipales de Cannes, Jx64

 

Pour le réveillon 1969-1970, le casino voit les choses en grand. Joséphine Baker, l’icône du music-hall, est l’invitée vedette des galas de fin d’année. Elle se produit à plusieurs reprises : les 25 et 31 décembre 1969, le 1ᵉʳ janvier 1970.  De son côté, Marcel Amont anime le dîner du réveillon de Noël, prévu le 24 décembre.

Les Archives municipales conservent plusieurs traces de ces soirées mémorables : l’affiche du casino annonçant les spectacles, le catalogue des animations proposées, la fiche technique du spectacle, détaillant l’organisation, le registre de comptes des artistes pour l’année 1970, les cartons d’invitation édités pour l’occasion. Sur l’un de ces cartons, le menu révèle non seulement la qualité des repas servis, mais aussi le programme artistique. Joséphine Baker est accompagnée par l’Ambassadors Orchestra et le ballet de Silvia Ivars. Un lâcher de ballons suivi d’un feu d’artifice vient clôturer les festivités. Enfin, le registre de paie des artistes pour 1970 mentionne que Joséphine Baker résidait à l’époque à Roquebrune-Cap-Martin, dans la villa Maryvonne. Pour sa prestation lors du réveillon 1969-1970, elle a perçu 15 000 francs, sans frais de déplacement supplémentaires. (Source : 29S4, registre de 1970).

Menu du réveillon avec Joséphine Baker, Soirée de gala aux Ambassadeurs, 31 décembre 1969
Archives municipales de Cannes, Fonds privé, 29S19

 

1974-1975 : les derniers moments de Joséphine Baker à Cannes
En 1974, Joséphine Baker fait son retour à Cannes en tant qu’invitée d’honneur au Palais des festivals, lors du Festival de Cannes. Une reconnaissance de son statut d’icône internationale.
Le 1ᵉʳ février 1975, elle donne un dernier gala de charité au casino municipal. Organisé par le Lions Club, cet événement, intitulé « Un soir avec Joséphine Baker », est organisé au bénéfice de ses œuvres sociales. Pour l’occasion, plusieurs œuvres d’art sont mises aux enchères : une aquarelle de Bellini, membre du Lions Club, un corail (pierre dure) signé Butterfly, une œuvre du peintre Laurent Moonens.  Ce spectacle, donné seulement quelques mois avant sa disparition, marque la fin d’une époque.

Le 9 avril 1975, Joséphine Baker célèbre ses 50 ans de carrière à Paris. Elle s’éteint trois jours plus tard, le 12 avril. Ses funérailles sont marquées par un hommage militaire, une cérémonie à l’église de la Madeleine à Paris ainsi que par des obsèques à la cathédrale Saint-Charles de Monte-Carlo. Elle est finalement inhumée à Monaco.

En 2021, son héritage est célébré une nouvelle fois par son entrée au Panthéon. Elle devient alors la première femme noire à recevoir cet honneur. De son côté, la ville de Cannes lui rend hommage en donnant son nom à la nouvelle jetée du port.

 

Pour aller plus loin 

Sources :

  • Archives municipales de Cannes, Fonds 29S, Société fermier du casino municipal
  • Archives municipales de Cannes, Fonds de Trémeuge, affiches restaurées des spectacles organisés par le casino municipal, années 1960-1970 (25Fi931 à 25Fi1188, 25Fi1947 à 25i1987 ; 21Fi122, 25Fi959/1-2 : affiches des galas de Joséphine Baker)
  • Archives municipales de Cannes, Fonds Gabriel Peucheret, 32Fi280 (reproduction du tableau de Joséphine Baker par Jean-Gabriel Domergue)
  • Archives municipales de Cannes, Fonds Mme Payan, 4Fi373 (jetée Joséphine Baker)
  • Archives municipales de Cannes, brochures des programmes du casino municipal (1925-1988), Jx103
  • Archives municipales de Cannes, Cannes, histoire d’espaces publics, fascicule Croisette, 2009, BH1180
  • Médiathèque de Cannes, La merveilleuse aventure du Casino de Paris, Jean Prasteau, TC4543

Sitographie :
Joséphine Baker (1906-1975), une étoile noire au Panthéon - Archives Nice Côte d'Azur
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