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29 août 2025|Culture

Le document du mois d'août

La saga Repetto

La famille Repetto compte parmi les plus anciens commerçants de Cannes. Leur histoire débute au XIXᵉ siècle avec Emmanuel Repetto, et se prolonge au XXᵉ siècle avec la célèbre marque internationale fondée par Rose Repetto. Quelques archives témoignent de ce parcours.

 

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Annuaire de Cannes, 1922
Archives municipales de Cannes, 88NUM8

 

Emmanuel Repetto, fondateur de la dynastie Repetto
Emmanuel Repetto, né en 1857 à Sampierdarena près de Gênes, quitte l’Italie pour s’installer à Cannes en 1887 avec son épouse. Mécanicien inventif, il ouvre un atelier de réparations automobiles boulevard de La Ferrage en 1889 et développe par ailleurs un système de curage des égouts adopté par la ville. Devenu citoyen français en 1899, il est père de Jean et de Rose-Victoria, cette dernière donnant plus tard une renommée internationale à la famille. Avant la Première Guerre mondiale, son entreprise emploie plus de cinquante ouvriers. Le métier est dangereux et des accidents sont à déplorer.

En 1914, la fonderie Repetto est réquisitionnée pour la production d’obus de 75 mm. Le travail est assuré par des femmes pour remplacer les hommes mobilisés. Jusqu’à 150 000 obus sont produits chaque jour. Après la guerre, Emmanuel Repetto fonde avec son fils Jean la société Repetto et Fils. Emmanuel se retire en 1921 et décède à Cannes en 1931.

En 1922, l’usine Repetto, en plein essor, est transférée au quartier du Riou, près de l’actuelle place Bergia. Jean Repetto y développe l’activité par la création d’un atelier de serrurerie et d’un atelier pour le travail des métaux et alliages à chaud par choc mécanique (fonderie). Au Riou, le site bénéficie de la présence du ruisseau le long du site, utile à la fonderie. L’usine produit notamment des pièces de rechange pour l’automobile. La fonderie intervient aussi dans le domaine du yachting.

 

Plan de l’atelier de forgeage (annexé à l’arrêté préfectoral d’autorisation d’établir l’atelier au quartier du Riou), 1920
Archives municipales de Cannes, 5J60

 

Dans les années 50, repris par Edmond, le fils de Jean, l’entreprise devient fournisseur de la Marine nationale. L’usine est finalement démolie en 1976 lorsque le quartier est réaménagé et le boulevard du Riou créé.

 

Entrée de l’établissement Repetto, quartier du Riou
Photographie, vers 1970
Archives municipales de Cannes, 33S7

 

Rose Repetto, créatrice des chaussons de danse « Repetto » 
En 1920, Rose-Victoria Repetto épouse Edmond Petit, un cuisinier très réputé à Cannes. Elle donne naissance le 13 janvier 1923 au célèbre danseur et chorégraphe, Roland Petit, qui formera avec Zizi Jeanmaire, un couple mythique. Montée à Paris, en 1947, Rose ouvre une petite boutique d’articles de danse sous son nom de jeune fille, Repetto. Pour son fils, elle fabrique des chaussons, très vite adoptés par ses amis danseurs. Prospère, la maison Rose Repetto s’installe rue de la Paix, près de l’Opéra de Paris. Une des plus importantes marques de chaussons au monde est née. Elle imagine une nouvelle technique de fabrication : le chausson est cousu à l’envers avant d’être retourné, le fameux « cousu retourné » propre à la marque, assurant souplesse, confort et solidité.

Le succès de la marque « Repetto » 
Le 7 novembre 1952, le Journal de Saône et Loire raconte le succès de la marque en seulement quatre ans : « Mme Repetto fait exécuter et expédie dans tous les coins du monde des milliers de paires de chaussons par an. Un chausson de danse, qu’est-ce donc ? Du carton, de la toile de jute, de la colle viennoise et un petit morceau de satin, uni ou broché. Mais il faut des ouvriers qualifiés pour façonner au marteau le bout renforcé, pour coudre à la main à la façon des bottiers, ce petit soulier léger et éphémère qui ne durera peut-être que quelques heures. L’Opéra de Paris en commande 300 par mois : Janine Charrat en use une paire par soirée (…) Renée Jeanmaire en fait expédier de véritables cargaisons par avion, tandis que le marquis de Cuevas en exige 400 paires à chaque livraison… Les grandes ballerines, les grands danseurs ont leur forme chez Mme Repetto (…) La mode est lancée : chez Fath, Dior et Balmain, les mannequins font envie aux clientes avec leurs petits chaussons de couleur tendre qui leur font les pieds minuscules. (…) Mme Repetto veille à ce que ses clients soient chaussés le mieux possible. »

En 1959, le premier magasin Repetto ouvre au 22 rue de la Paix, attirant les plus grands danseurs du moment (Maurice Béjart et Rudolf Noureev, Carolyn Carlson, Noëlla Pontois, Juan Giuliano, le Kirov, ou encore les danseurs des Folies Bergères). A côté des chaussons, la marque propose tuniques, tutus et ballerines de ville. En 2008, plus de 3000 boutiques existent dans une trentaine de pays. À Cannes, la boutique située au 65 rue d’Antibes, ouverte en 2012, a fermé ses portes en 2024.

 

Sources :

Archives municipales de Cannes :

  • PER7 - « Une famille génoise : les Repetto – De la forge aux chaussons de danse », Cannes-Généalogie, numéro 77, septembre 2015.
  • PER33 - DAVID, Michelle, « Deux petits chaussons de satin blanc… l’enseigne Repetto », L’ami des Archives, n° 47, janvier 2023.
  • BH969 - « Les établissements Repetto (1857-1976) », Cannes, Elles et eux – Tome 1, Ville de Cannes, 2006.
  • BH104 – BAUSSY, Alex, « Mémoire d’une ville » (photographie de l’usine pendant la Première Guerre mondiale). 

Internet :