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Monica, aide-soignante au service cardiologie de l’hôpital de Cannes Simone Veil

Monica a commencé l’entretien en expliquant qu’elle avait perdu sa belle-mère pendant la première vague le 28 Mai 2020, elle s’était cassée la jambe, la plaie s’était ensuite infectée et cette dame s’est laissée mourir de solitude à la clinique d’Antibes « le Méridien ». Le plus dur pour les gens dans les hôpitaux, c’était de sentir abandonnés par les proches.

Pendant la première vague tous les services s’étaient mobilisés pour accueillir les patients atteints du Covid, le service cardiologie comportait 5 ou 6 lits attribués spécialement pour les patients atteints du Covid. Le service cardiologie n’était pas le plus atteint, ils avaient juste ouverts des lits pour soulager le service pneumologie qui lui a énormément souffert de la pandémie et le quotidien de certains des aides-soignants de ce service était surtout de fermer les housses des patients décédés. Beaucoup d’aides-soignantes en pleurs pendant cette première vague. Ils ont bien sûr souffert comme tous les hôpitaux de France de la pénurie de masques (un seul masque par jour et par soignant, des sur blouses en tissu pas adaptées).

Voilà comment s’est vécue la première vague au sein de l’Hôpital, pour ce qui est de la vie à coté, Monica a comme tout le monde souffert des privations, pas forcément pour les restaurants car elle adore cuisiner. Ce qui l’a le plus marqué c’est cette distance entre les gens, la manque de lien social… Elle avait comme tout le monde envie que ça se termine. Il y avait trop d’actualités. « Trop de dissonance, tout le monde était devenu « expert » en maladie infectieuse, le climat était angoissant. Les médias nous renvoyaient sans cesse à notre propre mort. Il y avait trop de chiffres angoissants qui faisaient le compte du nombre de morts. Les gens aujourd’hui ont peur de la mort, les gens qui ont la foi peu importe laquelle ont beaucoup moins peur de la mort ». Elle avait hâte de voir le bout du tunnel, d’arriver au résultat final. 

Pendant la deuxième vague et le 3ème vague, il y avait moins de patients Covid à l’hôpital que pendant la première, le climat de tension et de peur était passé.

Monica veillait à bien faire attention à respecter les gestes barrières, se laver les mains et bien porter son masque. « Je ne suis pas une rebelle, j’ai toujours respecté les règles car je voulais voir le bout de cette pandémie ». Mais le manque de lien social, le besoin de serrer fort ses proches dans ses bras était très dur à supporter. « C’est quand on est privé de tout que l’on se rend compte de l’importance des choses ». Le plus dur à l’Hôpital pour les patients comme pour les soignants c’était de voir les gens finir leur vie seule. Le personnel avait même du mal à refuser que des gens ne puissent pas accompagner leurs proches. « Prendre quelqu’un dans ses bras c’est VITAL, on a besoin de ressentir l’autre surtout quand c’est sa famille ».

« Eloignement » voilà comment Monica résumera cette période de crise, mais aussi pour certains une explosion de l’individualisme, du repli sur soi et de l’égoïsme et pour d’autres tout l’inverse. Certains se sont rendus compte de l’importance des liens sociaux qui nous unissaient et ont voulu se recentrer sur des choses plus essentielles comme la nature, la famille…

« Le monde d’après sera mieux, on va s’en sortir parce que je suis très optimiste », nous ne reproduirons plus les mêmes erreurs, ni les mêmes contradictions, nous sommes en train d’apprendre quelque chose de tout ça. Beaucoup de gens se sont rendu compte de ce qui était important.

Aujourd’hui c’est encore un peu compliqué et incertain, notamment à cause de l’obligation vaccinale et le refus de certains collègues qui seront peut-être suspendus.

« Comment va-t-on faire sans les non vaccinés, déjà que nous étions en baisse d’effectif ». Encore beaucoup d’incertitudes et de tensions pour aujourd’hui qui ont laissé place à la mort et à la peur de la première vague. « Nous ne devons pas nous diviser, ce n’est pas bon, il est important de tous rester unis car nous ne savons rien, mais je suis optimiste nous allons y arriver ».