Philippe Erlanger et le jury - 1954 © Traverso
Aujourd'hui le Festival de Cannes est le plus grand événement
cinématographique du monde alors qu'il y a à peine quelques décennies,
en 1939, il n'était qu'un modeste festival créé pour s'opposer à la
Biennale de cinéma vénitienne et à son organisation prise en main par
Mussolini et Hitler. Curieux destin dû au hasard de l'histoire et aux
talents des hommes qui ont su l'imposer et, dans un même temps, ont
élevé Cannes au rang de capitale mondiale du Septième art.
Ainsi, on doit la création du Festival cannois à un enchaînement
d'événements politiques, à la veille de la Deuxième Guerre mondiale,
dont le point de départ est la VIe édition de l'Exposition de Venise en
juillet 1938 ; cette année-là, la France, est représentée par une
sélection de films et, dans le jury de la Mostra, par le diplomate
Philippe Erlanger et le journaliste René Jeanne.
Aujourd'hui le Festival de Cannes est le plus grand événement
cinématographique du monde alors qu'il y a à peine quelques décennies,
en 1939, il n'était qu'un modeste festival créé pour s'opposer à la
Biennale de cinéma vénitienne et à son organisation prise en main par
Mussolini et Hitler. Curieux destin dû au hasard de l'histoire et aux
talents des hommes qui ont su l'imposer et, dans un même temps, ont
élevé Cannes au rang de capitale mondiale du Septième art.
Ainsi, on doit la création du Festival cannois à un enchaînement
d'événements politiques, à la veille de la Deuxième Guerre mondiale,
dont le point de départ est la VIe édition de l'Exposition de Venise en
juillet 1938 ; cette année-là, la France, est représentée par une
sélection de films et, dans le jury de la Mostra, par le diplomate
Philippe Erlanger et le journaliste René Jeanne.
Et tout commence à Venise en 1938
Le Festival de Venise, créée en 1932, offre au monde son premier
concours international dédié au cinéma et, aux pays participants, une
occasion de rencontrer et de comparer leur savoir-faire. Pour un
moment, la Mostra s'impose comme la grande fête du cinéma mondial mais
bientôt, l'influence allemande s'immisce dans la politique italienne et
dans le palmarès de cette Biennale d'art. En 1937, Adolf Hitler apprend
que les films allemands n'ont reçu aucune récompense importante et que
le Prix du jury est attribué à La Grande illusion de Jean Renoir. Le
succès remporté par ce film pacifiste déplaît au chef allemand qui
décide, pour l'édition suivante, de s'entendre avec son homologue
italien afin de dicter l'attribution des récompenses.
La Mostra ouvre de nouveau ses portes en septembre 1938. Le jour de la
clôture, le jury se réunit pour décider du palmarès ; l'unanimité se
fait sur un film américain mais, Hitler intervient. Ses ordres
menaçants imposent aux jurés représentant les satellites de l'Axe de
revenir sur leur choix. Le chef allemand parvient ainsi à faire
modifier le palmarès quelques heures avant l'annonce des résultats. Le
documentaire de propagande nazie, Les Dieux du stade (Olympia film) de
Leni Riefenstahl et le film italien Luciano Serra, pilote (Luciano
Serra, pilota) de Goffredo Alessandrini reçoivent la Coupe Mussolini,
plus haute récompense de la manifestation. Toute cette agitation
trouble les membres du jury représentants des démocraties ; certains
d'ailleurs donnent leur démission avant même la proclamation des prix.
Froissés et extrêmement déçus de l'attitude italienne, les
représentants de la France, des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne
quittent la Mostra et sont bien décidés à ne plus y revenir.
Après un moment d'inquiétude, maisons de production et ministères
dédiés au cinéma réagissent. La Suisse et la Belgique envisagent
désormais, par la création d'une biennale de cinéma, de succéder à
Venise.
Dans le train qui le ramène en France, Philippe Erlanger, encore sous
le choc des événements vénitiens, pense déjà à organiser une
manifestation en remplacement de la Mostra pour donner au monde un
festival libre, sans pression ni contrainte. Dès son retour, il
contacte les autorités concernées et ne tarde pas à leur présenter un
projet. Le temps presse pour mettre en place un festival français
capable de concurrencer le prochain concours vénitien.
Avec l'approbation de Jean Zay, ministre de l'Education nationale, et
celle d'Albert Sarraut, ministre de l'Intérieur, l'idée d'une
manifestation française consacrée au cinéma prend un caractère officiel.
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Les crises politiques ralentissent la création du festival
La fin des années trente, en Europe, est marquée par un contexte de
crises politiques graves provoquées par le désir d'expansion de
l'Allemagne et de l'Italie. La France décide de ménager ces Etats
totalitaires et particulièrement l'Italie qui revendique de plus en
plus fortement des territoires méditerranéens sous domination
française. Pour éviter le conflit, les dirigeants français condamnent
tout acte d'hostilité ou d'opposition au régime mussolinien par crainte
des conséquences. Cette nouvelle situation, sans mettre un point
d'arrêt, ralentit la création d'un festival cinématographique
concurrent de la Mostra. Le gouvernement français étudie toujours le
projet de Philippe Erlanger mais reste très divisé sur la question.
D'un côté, le ministre de l'Education nationale, Jean Zay, responsable
du domaine artistique, qui soutient ce projet important pour le cinéma
français. Il a déjà mis en place, au niveau national, un concours
cinématographique qui prime les cinq meilleures œuvres de l'année.
Cependant, pour assurer une véritable promotion aux films français à
l'étranger, Jean Zay encourage l'initiative de Philippe Erlanger ;
l'Europe doit avoir un festival de cinéma où l'art ne doit pas être
influencé par les manœuvres politiques.
De l'autre, le ministre des Affaires étrangères, Georges Bonnet,
responsable des manifestations à caractère international, qui reste
hésitant sur la question pour de pas envenimer les relations
franco-italiennes. Alors de septembre 1938 à mai 1939, la création du
Festival français ne concerne plus directement le cinéma ; elle devient
une véritable affaire d'Etat.
Après de longues discussions et contre toute attente, le gouvernement
donne son accord à la réalisation du projet au printemps 1939.
Depuis le début de l'année, le consulat français en Italie cherche à en
savoir plus sur le déroulement de l'édition vénitienne en préparation.
En mai, l'organisation se dévoile : la Biennale réserve un accueil
triomphal au ministre de la Propagande allemand, le Dr Gœbbels, ce qui
souligne la consolidation de l'alliance entre l'Italie et l'Allemagne.
Tout cela laisse présager que l'édition future se pliera aux exigences
de la politique fasciste et ne laissera aucune liberté aux autres
participants.
Cette information est le détonateur qui pousse le gouvernement français
à entamer officiellement les préparatifs de son festival
cinématographique rival. Il est prévu d'organiser cette manifestation
sur la Côte d'Azur, choix que Georges Prade, conseiller municipal de
Paris, suggère aux organisateurs. C'est ainsi qu'en juin 1939, les
médias annoncent officiellement la création du Festival de Cannes dont
l'ouverture est prévue le 1er septembre, en même temps que la
compétition vénitienne. Il ne reste alors à la France que quelques mois
pour préparer sa manifestation.
L'unanimité se fait autour du Festival français
Pour ne pas créer de tensions supplémentaires, l'Etat français décide d'obtenir le soutien de l'Allemagne et de l'Italie ; les communiqués officiels rappellent que le Festival français en préparation ne sera pas une machine de guerre mais bien un rendez-vous mondial de cinéma très différent de la Mostra.
L'accent est mis sur l'originalité de la manifestation : chaque pays choisit ses films, le jury représente l'ensemble des participants et toutes les nations présentes reçoivent un Grand Prix dans un esprit d'objectivité artistique et d'impartialité absolue. La France ne s'autorise d'ailleurs aucune récompense particulière en tant que pays organisateur. Question de prestige, la présidence d'honneur de la première édition est proposée à Louis Lumière, père du cinématographe. Ce nouvel ambassadeur du Festival cannois veut convaincre les réalisateurs étrangers de soutenir l'initiative française. Alors, les invitations sont envoyées à tous les pays producteurs de films ; l'Allemagne et l'Italie ne sont pas oubliées.
Un mois plus tard, les premières réponses arrivent par voie diplomatique. Sans surprise, les deux Etats fascistes déclinent l'invitation de la France. Certes, ils n'apprécient pas la concurrence faite à la Mostra mais, à ce moment-là, ils sont bien plus préoccupés à préparer la guerre.
Pour des raisons très différentes, la Suisse décline à son tour l'invitation à la fin de juillet 1939 car les autorités fédérales concentrent leurs efforts sur l'Exposition internationale de Zurich. D'autres pays regrettent de ne pas pouvoir participer au concours cannois comme l'Afghanistan, le Canada, l'Egypte, la Hongrie, la Lithuanie, la Norvège, la Thaïlande ou bien encore l'Union sud-africaine. Ces pays ne produisent que peu de films et ne possèdent aucune organisation officielle en matière de cinéma, ce qui les exclut de toute compétition internationale. Devant l'impossibilité de faire parvenir des films dans des délais aussi courts, le Japon s'excuse également de refuser l'invitation.
De l'autre côté, de nombreux pays s'engagent aux côtés de la France ; c'est le cas des Etats-Unis qui d'ailleurs, grâce à la puissance de leur industrie cinématographique, vont aider la manifestation cannoise à s'imposer comme un véritable événement mondial. Les dirigeants de la Mostra tentent alors de regagner la confiance des Américains en leur proposant des avantages financiers mais en vain.
Plus délicat sera le cas de la Grande-Bretagne car les maisons de production britanniques s'engagent à soutenir le Festival de Cannes mais tiennent également à envoyer des films à Venise. Après quelques négociations, les producteurs se rangent aux côtés de la manifestation française.
La participation soviétique à Cannes est aussi indispensable même si l'enjeu est différent. Les raisons sont plus politiques que cinématographiques puisque la France espère obtenir la coopération militaire de l'URSS contre l'offensive allemande qui se prépare. Mais la signature du pacte de non-agression entre l'Allemagne et l'URSS met un terme aux négociations des démocraties. Les Soviétiques maintiennent néanmoins leur adhésion au Festival français.
Le ministère des Affaires étrangères reçoit très vite les réponses de la Belgique, la Hollande, la Suède ainsi que la Tchécoslovaquie qui proposent déjà une sélection de films. Tandis que le Danemark, le Mexique, la Pologne, la Roumanie et le Portugal, engagent leur participation, au moins par la venue d'un représentant dans le jury si les conditions le permettent.
Les conditions d'ailleurs ne le permettront plus car la crise s'annonce durant l'été 1939 et les opérations militaires allemandes bouleversent l'Europe. En août, il ne reste que neuf pays pouvant être représentés à Cannes pour l'ouverture de la première édition du Festival. Les organisateurs français, soulignent néanmoins leur succès car, malgré les absents, ils ont obtenu la participation des Etats démocratiques les plus puissants de l'industrie cinématographique et de l'URSS.
Cannes devient la ville du Festival
Les pays producteurs de films ayant donné leur accord, la France commence officiellement la préparation du Festival international. La première question posée est celle du lieu. Quelle ville répond aux critères nécessaires à l'organisation d'une telle manifestation ? Les responsables italiens ont choisi Venise pour leur Exposition ; la ville possède déjà une grande renommée internationale en raison de son passé historique et de son site unique. La France devait l'égaler, donner à son festival un cadre aussi prestigieux.
Quelques villes françaises, reconnues mondialement, peuvent prétendre à l'organisation d'un festival. Grâce à leur développement touristique, toutes possèdent des équipements et des installations essentiels à l'accueil de l'événement. Cannes, Biarritz, mais aussi Vichy, Deauville, Aix-les-Bains, Le Touquet, apparaissent sur la liste. La ville d'Alger se présente également, soutenue par le président du Conseil, Edouard Daladier. L'effet n'est que de courte durée car, la plupart des villes se trouvent dans l'impossibilité de construire et d'aménager, en quelques mois, une salle de projection pouvant accueillir un millier de spectateurs. Philippe Erlanger, en tant que responsable du projet, retient alors deux sites : Biarritz et Cannes.
Après quelques études, les responsables donnent très vite leur préférence au Sud de la France plus particulièrement à la Côte d'Azur, région baptisée ainsi en 1887 par le poète Stephen Liégeard pour rappeler l'harmonie et la beauté du lieu. Et les sites paradisiaques de la région azuréenne semblent agir en sa faveur ; la décision des organisateurs du Festival se fait attendre mais quelques rumeurs rapportent que la préférence des dirigeants serait la ville de Cannes.
Au sein du gouvernement, la question est évoquée et le choix paraît difficile car les comités de tourisme et les directeurs de palaces des deux villes se livrent une bataille acharnée. D'un côté, il y a Biarritz, station balnéaire connue grâce à la présence de Napoléon III et Eugénie mais qui, à la fin du Second Empire, commence à décliner. De l'autre, il y a Cannes ; depuis l'arrivée de Lord Brougham en 1834, c'est une ville en plein essor attirant chaque année de nouveaux résidents étrangers.
Devant ce dilemme, le gouvernement décide de créer un comité de coordination composé des représentants des différents ministères concernés par le festival. Ce comité étudie les atouts de chaque ville et envoie ses représentants sur place ; ainsi, Philippe Erlanger se rend à Cannes. On chuchote alors que le choix pourrait se porter sur la cité méditerranéenne mais, coup de théâtre, le 9 mai 1939, l'annonce est faite : la ville de Biarritz est choisie comme siège du festival. La municipalité a en effet promis le versement d'une subvention à l'organisation de la manifestation.
D'abord déçus, les partisans de Cannes décident de repartir rapidement en campagne. Autour de Georges Prade, conseiller municipal de Paris, les directeurs de palaces cannois comme Henri Gendre du Grand Hôtel et Jean Fillioux du Palm Beach prennent contact avec le comité et les ministères ; ceux-ci décident d'étudier de nouveau le dossier cannois. La ville de Cannes propose alors d'augmenter sa participation financière et met à la disposition du comité ses salles de réception et ses équipements touristiques. La municipalité de Biarritz a bien proposé une dernière offre mais sans succès car, faute de pouvoir débloquer le budget nécessaire, elle finit par retirer sa candidature.
L'Etat et la ville de Cannes signent le contrat officiel pour l'attribution du festival cinématographique international le 31 mai 1939, seulement trois mois avant la date d'ouverture prévue de la compétition. La raison de ce choix a sans doute été liée aux avantages accordés par la ville mais également à la beauté du site qui « seul pouvait donner aux vedettes et producteurs une haute idée de la France », comme le déclare, à la radio, Albert Sarraut, ministre de l'Intérieur.
Et un véritable élan de solidarité s'organise autour de Cannes. Antibes et Juan-les-Pins apportent un précieux concours au festival, tout comme l'ensemble des palaces cannois et des environs. Seule absente, la ville de Nice, qui malgré son statut de capitale de la Côte d'Azur, ne se manifeste pas. Pourtant, quelques années plus tard, en 1946, Nice tentera d'obtenir l'organisation du Festival.
Les réactions à la nomination de Cannes comme ville du festival français sont nombreuses ; certains auraient préféré Paris ou un autre site moins touristique mais, Cannes, avec son statut de « perle de la Côte d'Azur », donné par Stephen Liégeard, accueille de riches aristocrates, notamment anglais, des intellectuels, des artistes, toujours plus nombreux. Alors, la majorité des journaux, des revues mondaines, approuvent le choix des organisateurs.
1939, le Festival se prépare
Parallèlement au choix de la ville, le gouvernement prépare la manifestation. Il délègue son pouvoir au service considéré comme le plus compétent pour la réalisation d'une manifestation de cette ampleur. L'Etat fait donc appel à l'Association française d'action artistique (AFAA), transformée en comité spécial d'organisation, sous la direction du secrétariat d'Etat des Beaux-Arts et du Ministère des Affaires étrangères. Cela fait un an que Philippe Erlanger est le directeur général de cette association et tente, par tous les moyens, d'empêcher la progression de la propagande fasciste. Le projet de création d'un festival concurrent à la Mostra fait parti des moyens employés mais demande de lourds investissements et une organisation efficace.
Sous la présidence d'Albert Sarraut, également ministre de l'Intérieur, l'AFAA constitue un comité d'organisation où siègent des représentants des différents organismes d'Etat concernés par la manifestation. A la tête de ce comité est nommé le président du secrétariat d'Etat aux Beaux-Arts, Georges Huisman.
Le 3 août 1939, le Comité d'organisation du Festival se réunit pour la première fois à la direction des Beaux-Arts. Tous les détails de la future manifestation sont abordés. D'abord, la création d'une affiche et d'un dépliant publicitaire qui assurent la promotion du Festival en France et à l'étranger. Un photographe est également engagé pour toute la durée de l'événement. Ensuite, le comité envisage des projections quotidiennes de films d'actualité sur le déroulement du festival à la suite des séances de la sélection officielle.
La question du prix des places est abordée ; 25 francs (3,8 euros) pour les places des cinq premiers et cinq derniers rangs, et 30 francs (4,6 euros) pour toutes les autres. Les festivaliers peuvent également s'abonner à une formule permettant un euro de réduction pour l'achat d'une place. Les membres du comité ne parviennent pas à s'entendre sur la création de séances de projection en plein air et à prix réduit car la manifestation doit rester un gala exceptionnel et inédit. Mais les premières aides financières attribuées à la création du Festival deviennent rapidement insuffisantes ; le budget, dans un second temps estimé à 970 000 francs (147 000 euros), représente une somme colossale que l'organisation parviendra à réunir difficilement.
Le comité, encore apprenti en la matière, prend exemple sur l'organisation de la Biennale italienne qui, elle, bénéficie déjà de six années d'expérience. Le temps presse, il ne reste à la France que deux mois pour préparer sa manifestation. Alors l'Etat intervient pour accélérer la mise en place du Festival en faisant appel à ses ministères et à l'ensemble des entreprises publiques afin de réduire le coût de la manifestation.
Le budget de l'organisation est essentiellement constitué des fonds de la municipalité cannoise auxquels doivent s'ajouter 406 000 francs (61 500 euros) de subvention accordée par le Ministère des Finances. Celui-ci consent également à aider le comité cannois en l'exonérant de certaines charges, par exemple le droit de douane réservé aux films étrangers ou encore la taxe sur les spectacles payée pour toutes les projections. Grâce à ces quelques avantages, les investissements restent dans des proportions raisonnables par rapport au budget modeste du festival en préparation ; l'Exposition vénitienne dispose en effet de moyens bien plus importants pour son organisation.
En juillet, tous les efforts se concentrent pour annoncer l'ouverture imminente du Festival. Pour cela, l'Etat demande au service des Postes, Télégraphes et Téléphones (PTT) de participer à la publicité de la manifestation par une contribution gratuite pour des interviews, émissions publicitaires ou projet d'un timbre spécial. C'est l'ensemble du pays qui doit défendre les couleurs cannoises avec l'impression d'un cachet spécial, « Festival international du film, Cannes 1er-20 septembre 1939 », sur toutes les lettres et dans tous les bureaux de postes.
Il faut également régler le problème des transports car, à Venise, les frais de voyage des personnalités étrangères sont pris en charge par l'organisation. Toujours pour diminuer le coût de ces services, il est demandé à la Société nationale des chemins de fer français (SNCF) et à Air France de créer des titres de transports gratuits pour les membres du jury et pour les vedettes qui participent au Festival. On ne pourra oublier, après la guerre, l'arrivée de Grace Kelly, Sophia Loren et bien d'autres stars descendant élégamment les marches du célèbre Train bleu dans la gare de Cannes.
En contrepartie, les deux compagnies de transport obtiennent du Festival une importante publicité qui doit être « publiée dans l'édition de luxe du programme de la manifestation ». Cet album souvenir devait être offert aux personnalités lors de la soirée de clôture.
Un large public international est attendu à Cannes pour le Festival. Alors pour annoncer ce nouveau rendez-vous cinématographique, il est prévu d'organiser un éblouissant Gala du film à Paris. Sous la présidence de Louis Lumière, ce gala permet aux vedettes internationales, aux ambassadeurs et aux représentants de la presse française et étrangère de se rencontrer. Le comité de Paris lance le Festival et celui de Cannes prend le relais, chargé de l'organisation locale. Dès le mois d'août, il convie de nombreuses personnalités sur la Côte d'Azur, invitées à de prestigieuses fêtes. Le contexte européen, de plus en plus troublé, incite les écrivains, artistes, hommes d'affaires et diplomates à rechercher ce cadre agréable, foyer d'une vie insouciante. Et c'est ainsi, que Cannes, à la fin d'août 1939, connaît une affluence touristique record.
Cette ambiance festive et élégante annonçant l'ouverture du festival est une volonté du maire de Cannes, Pierre Nouveau qui déclare que son équipe « a élaboré un programme de réceptions permettant de témoigner aux hôtes tout le prix que la ville attache à leur présence ». Cette réussite reste également le fait du comité d'organisation local, chargé de l'accueil et du protocole et présidé par le comte d'Herbemont, lequel a su s'entourer des noms les plus illustres des résidants français, anglais, américains de la Côte d'Azur.
Le comité cannois se charge de l'affiche proclamant l'ouverture de la manifestation. Et c'est Jean-Gabriel Domergue, célèbre peintre cannois, qui est chargé de cette création. Il réalise une affiche destinée à « faire le tour du monde et à promener une irrésistible "Invitation au voyage "», selon les mots de l'artiste. Les organisateurs font également éditer un dépliant de luxe, à 50 000 exemplaires, en langues française et anglaise, qui annonce les manifestations prévues à l'occasion du Festival.
Ces festivités commencent ; le 1er septembre, jour de l'ouverture du Festival de Cannes, approche. Mais, en quelques jours, les événements se bousculent, la guerre a franchi les portes de l'Europe. L'annonce est faite : le Festival est, dans un premier temps, reporté.
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