Sécurité - Premier plan communal de prévention du risque terroriste« Ce n’est pas l’anticipation qui crée le risque. C’est le manque d’anticipation qui l’amplifie »

Pendant le Festival, un dispositif de sécurité maximal couvrira l’ensemble de la commune.
Pendant le Festival, un dispositif de sécurité maximal couvrira l’ensemble de la commune.


À l’aube du Festival de Cannes, le 1er Plan communal de prévention du risque terroriste de la Ville va-t-il être activé de façon spécifique ?

David Lisnard :

Il n’y a pas une journée où je n’ai pas une réunion ou un échange sur cette problématique. J’ai à nouveau rencontré le 12 avril dernier le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve en présence du préfet des Alpes-Maritimes.

Il faut aborder la question des risques avec beaucoup d’humilité et beaucoup d’ambition à la fois. Ambition parce que nous ne devons pas rester les bras croisés, et nous devons limiter, domestiquer le risque le mieux possible, et aussi humilité parce que le risque zéro n’existe pas.

S’agissant du risque terroriste, nous sommes face à une menace humaine. Pour des raisons évidentes, je ne communiquerai pas le détail de ce que nous faisons en la matière. Mais je tiens quand même à dire aux habitants et aux visiteurs que nous travaillons très concrètement sur cette question, et que tous les moyens sont engagés pour assurer le plus haut niveau de sécurité possible.

Cannes est la première ville de France à se doter d’un Plan communal de prévention aux risques terroristes. Ça ne nous prémunit pas de tout risque d’attentat, mais en tous cas nous nous y préparons le mieux possible avec l’état, qui est la première puissance compétente en la matière. Nous devons nous inspirer de ce qui fonctionne ailleurs. J’ai fait venir des experts internationaux de pays très exposés au terrorisme. Nous avons fait des exercices réels avec le Raid, à Cannes. Nous avons réalisé une simulation d’envergure le 21 avril dernier.

Je ne suis pas obsédé par la protection du Palais des festivals et des congrès, je suis obsédé par la protection de tous les lieux cannois où nous vivons, travaillons, et en particulier les établissements scolaires, les rues commerçantes. Tous les quartiers sont concernés. Le ministre de l’Intérieur a répondu favorablement à ma demande de faire en sorte que le dispositif opérationnel de sécurité s’attache, au-delà du Festival lui-même, à organiser la sécurisation de la ville dans son ensemble, y compris dans les infrastructures de transports.

La prévention passe aussi par de nouvelles mesures de lutte contre la cyber criminalité, qui peut faire beaucoup de dégâts. Mais il n’y a pas de système de protection absolu. Le tout est d’avoir un maximum de dispositifs qui permettent d’éviter un attentat, qui dissuadent. Et à tous les niveaux. Ce n’est pas l’anticipation qui crée le risque. C’est le manque d’anticipation qui l’amplifie.

Sécurité : « En additionnant les regards sur l’espace public, nous multiplions la protection de façon exponentielle »

Depuis deux ans, outre la réorganisation complète de la police municipale pour optimiser sa présence sur le terrain, la Mairie de Cannes a développé de nombreux dispositifs innovants en matière de sécurité :

« Nous sommes la seule ville où une surveillance des établissements scolaires est effectuée tous les jours par des citoyens vigilants, soit au quotidien une cinquantaine de personnes qui, aux côtés des policiers municipaux systématiquement présents, ne font pas un travail de police, mais font un travail d’observation précieux, explique David Lisnard.

La vidéoprotection est aussi un outil capital. Elle ne se substitue pas à la présence humaine, mais le fait de croiser le regard de la police municipale présente sur le terrain, celui des caméras et celui des citoyens est très utile. Il est essentiel enfin de bien travailler avec les services de l’État, et c’est notre cas actuellement. Le renseignement est primordial.

Très régulièrement, nous leur adressons des signalements de personnes radicalisées islamistes. Il faut s’attaquer aux trafics aussi. Parce que tout est lié. Ces trafics de drogue sont insupportables dans nos quartiers.

Donc nous avons fait un énorme travail, dans tous les quartiers. Depuis 2014, à ma demande auprès de l’autorité judiciaire, nous avons multiplié les opérations interpolices dites SLIC (services légers d’interception et de contrôle) dans tous les quartiers et notamment à Bocca Nord, à Bocca centre, à République, qui ont donné lieu à de nombreuses interpellations, même s’il reste beaucoup à faire. Quand on s’attaque à ces trafics, très souvent on se rend compte qu’il y a des vases communiquant avec les réseaux salafistes, islamistes radicaux.

C’est donc un travail tous azimuts qui doit être engagé. »

 

À consulter :