Voyage pittoresque

Le paysage à la façon picturale…

À la fin du XVIIIe siècle, l’art du paysage devient un genre à part entière, inspiré par les maîtres hollandais et flamands, alors qu’auparavant il était utilisé comme décor de fond d’une scène d’histoire, religieuse ou de bataille.


Une étape décisive en France est marquée par la création d’un prix de Rome du paysage historique en 1817 qui reconnaît le genre. À cette époque, on favorisait le travail de plein air « pour prendre des croquis » et étudier des fragments de paysage comme les rochers, les arbres, ou les nuages.


Le peintre de paysage retravaillait dans son atelier les éléments notés et les mettaient en scène dans une recomposition intellectuelle. Il reconstruisait des paysages, parfois idéaux, parfois avec une volonté de vérité géographique ou atmosphérique, mais de mémoire, mêlant ainsi des détails vrais à des sites imaginaires.


Les tableaux qui vous sont présentés au musée montrent les petits maîtres cannois du XIXe siècle, virtuoses des motifs pittoresques du littoral. La génération de Joseph Contini (1827-1899) vous invite à l’observation minutieuse des arbres ou des rochers, motifs isolés ou intégrés dans une composition élaborée.

 

Au gré des peintures : Marines…

En France, jusqu’au XIXe siècle, les paysages maritimes obéissent aux codes de l’Académie, qui en font des instruments de propagande royale. La gloire des combats maritimes ou la majesté des ports sont dépeints dans des tableaux de grand format pour les galeries des châteaux.


Mais à partir de 1830 en France, débute un intérêt pour le milieu naturel. On peint des petits formats où sont décrits avec sensibilité les reflets des eaux et les ciels. Le bateau, hauturier ou caboteur, compose un des éléments récurrents du paysage maritime comme les personnages des bords de mer, pêcheurs ou habitants du littoral.


Retrouvez les œuvres picturales du petit maître Ernest Buttura (Paris 1841 - Paris 1920) qui excellait à Cannes dans le genre maritime.

 

Au fil des « Vedute » de Cannes…

Les peintres de Venise au XVIIIe siècle, comme Canaletto ou Guardi, magnifièrent un genre de peinture - la vue topographique ou vedute - qu’ils exportaient dans toute l’Europe. Souvenir peint de grande qualité, la vedute achetée par les riches visiteurs de la République de Venise leur rappelait la beauté architecturale de la cité.


Exactitude des paysages urbains, précision et minutie des détails architecturaux et des scènes pittoresques représentées, dominaient cette peinture. À Cannes, au XIXe siècle, alors que les touristes d’hiver marquaient une halte sur le chemin de l’Italie, ou séjournaient pour soigner leurs maux au soleil, les petits maîtres du littoral - incontournables Fioupou, Contini et Buttura - s’attachaient à composer des tableaux de format modeste, prêts à être emportés dans les malles de voyage.


Leurs peintures décrivaient les sites cannois de la villégiature : la vue du Suquet, la promenade de la Croisette, le quai des bateaux.


L’atmosphère dorée des soirs, la végétation méditerranéenne qui y sont dépeintes, évoquent une atmosphère de Cannes presque orientale, la ville pouvant être une des portes possibles de l’Orient rêvé de l’époque.

 

Sur les traces de l’impressionnisme et du Fauvisme…

Au cours du XIXe siècle, les peintres quittent l’atelier pour peindre en extérieur. Ils choisissent de représenter le paysage sans idéaliser ce qu’ils observent, délaissant les sujets de la « grande peinture » de l’époque. Il fallait aussi se démarquer de la photographie, née en 1829, et que leur art nourrisse autre chose que la transcription de l’instantané.