Lizbeth et son filsScénario - 1er Prix

De GABAUT Noël
 

FONDU À L’IMAGE

1. INT. LA SALLE DE DANSE D’UNE GUINGUETTE. JOUR

La salle de danse de la guinguette est vaste et dispose d’une scène de modeste dimension. Une grande baie vitrée composée de plusieurs vantaux, dont l’un est ouvert, donne sur une terrasse, flanquée d’arbres projetant leurs ombres, surplombant la mer. Une porte qui communique avec le restaurant-bar est fermée, ainsi qu’une autre sur l’arrière. Une table de bistro et deux chaises sont contre un mur. ENNIO LOÖ-CASTELO, 77 ans, les cheveux blancs, une barbe blanche, en pantalon de toile et en bras de chemise, le visage grave pose un regard circulaire autour de lui. Puis, il se met à esquisser lentement des pas de danse.

INSERT SONORE - LA CHANSON MON AMANT DE SAINT-JEAN

Une chanteuse à la voix affirmée interprète Mon amant de Saint-Jean, dans une orchestration des années 1940, accompagnée par un accordéoniste.

FIN DE L’INSERT SONORE
 

2. INT. LA SALLE DE DANSE D’UNE GUINGUETTE. JOUR

La salle de danse est envahie par de nombreux COUPLES. Les tables sont occupées par des HOMMES et des FEMMES de 20 à 65 ans environ, qui consomment ou non. Les GARÇONS 1 et 2, 30 et 45 ans, plateau en main, se faufilent entre les danseurs. Sur la scène, campant devant un micro, La CHANTEUSE, 35 ans environ, accompagnée de l’ACCORDEONISTE, la quarantaine, interprète Mon amant de Saint-Jean.

ENNIO LOÖ-CASTELO ADOLESCENT pénètre dans la salle et fait courir son regard sur les DANSEURS et les PERSONNES attablées.
 

3. EXT. LA SALLE DE DANSE D’UNE GUINGUETTE. JOUR

LIZBETH LOÖ-CASTELO, 36 ans, cheveux châtain tirant sur le roux, qui est à une table en compagnie de MISTRAL, 40 ans et voisine de Mr MAX et de MISS, 35/40 ans, lève les yeux sur ENNIO LOÖ-CASTELO qui s’approche et penche à son oreille. Aussitôt LIZBETH LOÖ-CASTELO donne un coup de menton à MISTRAL et se lève. Elle pose la main sur l’épaule de Mr MAX et lui parle à l’oreille.
 

4. INT. LA SALLE DE DANSE D’UNE GUINGUETTE. JOUR

Les GESTAPO 1 et 2, en cirés noirs, s’immobilisent devant une table. Les HABITUÉS 1 et 2 se figent sur leurs sièges. Quelques COUPLES arrêtent de danser. Les GESTAPISTES FRANÇAIS 1 et 2, en civil, leurs mains glissées sous leurs vestes, sont près de la baie vitrée.
 

5. EXT. LA COUR DE LA GUINGUETTE. JOUR

LIZBETH LOÖ-CASTELO, MISTRAL, Mr MAX et MISS et ENNIO LOÖ-CASTELO se hâtent en glissant des regards derrière eux. Le GARÇON 2 qui est près d’une porte de service les invite à le rejoindre et à se hâter davantage d’un mouvement de la main.
 

6. INT. LA SALLE DE DANSE D’UNE GUINGUETTE. JOUR

ENNIO LOÖ-CASTELO, au milieu de la salle, fait des pas de danse. Il s’immobilise et tourne la tête vers la baie vitrée et sourit timidement, un peu gauche, à LIZBETH LOÖ-CASTELO, 98 ans, qui a en main une cape-épée avec une poignée en forme de tête d’aigle et se tient contre un vantail ouvert. Elle esquisse un sourire et coule un regard sur la salle.
 

LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE
C’est devenu triste ici… hein Ennio

ENNIO LOÖ-CASTELO
18 ans que c’est abandonné… et depuis cinq en vente.
 

SUITE DU 6. INT. LA SALLE DE DANSE D’UNE GUINGUETTE. JOUR
 

LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE
Ah…

LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE
Pourquoi ?

ENNIO LOÖ-CASTELO
Une vue sublime sur la mer…
Cela devrait plaire à des promoteurs. Mais…

LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE
Mais ?
 

LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE, rejoint ENNIO LOÖ-CASTELO qui pose ses mains sur ses épaules.
 

LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE
Mais !…

ENNIO LOÖ-CASTELO
Car il y a trop de mauvais souvenirs ici.

LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE
Comme à Monfleury.
 

7. INT. LA SALLE DE DANSE D’UNE GUINGUETTE. JOUR

INSERT SONORE – LA CHANSON L’ACCORDÉONISTE

Une chanteuse à la voix affirmée interprète l’Accordéoniste, dans une orchestration des années 1940, accompagnée par un accordéoniste.

FIN DE L’INSERT SONORE
 

8. INT. LA SALLE DE DANSE D’UNE GUINGUETTE. JOUR

INSERT SONORE – LA CHANSON L’ACCORDÉONISTE

Une chanteuse à la voix affirmée interprète l’Accordéoniste, dans une orchestration des années 1940, accompagnée par un accordéoniste.

FIN DE L’INSERT SONORE

La canne-épée est sur la table. ENNIO LOÖ-CASTELO et LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE dansent.
 

9. INT. LA SALLE DE DANSE D’UNE GUINGUETTE. JOUR

ENNIO LOÖ-CASTELO et LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE quittent la salle de danse.

Avant de franchir la baie vitrée, ENIO LOÖ-CASTELO tourne la tête et pose les yeux sur la scène.
 

10. INT. LA SALLE DE DANSE D’UNE GUINGUETTE. JOUR

ENNIO LOÖ-CASTELO ADOLESCENT, vêtu d’une chemise et d’un pantalon muni de bretelles, coiffé d’une casquette, est sur la scène – parée de drapeaux français - devant le micro, en compagnie de l’ACCORDÉONISTE.

La salle est comble. Parmi le public, s’échelonnant de 18 à 80 ans, qui se presse devant la scène et applaudit, Mr MAX, MISTRAL, MISS, LIZBETH LOÖ-CASTELO, UN GROUPE de FEMMES, quelques MILITAIRES et des GENDARMES, la CHANTEUSE, l’HOMME « LIBÉRATION » et la FEMME « LIBÉRATION ». Çà et là, des rires fusent.
 

L’HOMME « LIBÉRATION »
Paris s’est libéré !

LA FEMME « LIBÉRATION »
J’l’ai appris en écoutant la radio.

LA FEMME « LIBÉRATION »
J’souhaite qu’ces salauds de Nazis et les Collabos payent un jour.
Puis qu’les Vichyssards rendent des comptes !

ENNIO LOÖ-CASTELO ADOLESCENT
(Dans le ton avec un jeu rappelant Gabin)
Du lundi au sam’di,
Pour gagner des radis,
Quand on a fait sans entrain
Son p’truc quotidien,
Subi son propriétaire,
L’percepteur, la boulangère,
Et trimballé sa vie de chien,
Le dimanch’ viv’ment,
On file à Nogent.
Alors, brusquement
Tout parait charmant !…
 

SUITE DU 10. INT. LA SALLE DE DANSE D’UNE GUINGUETTE. JOUR
 

ENNIO LOÖ-CASTELO ADOLESCENT et LE PUBLIC
Quand on s’promène au bord de l’eau
Comme tout est beau.
Quel renouveau
Paris au loin nous emble une prison
On a le cœur plein de chansons
L’odeur des fleurs
Nous met tout à l’envers
Et le bonheur
 

11. INT. LA TERRASSE DE LA GUINGUETTE. JOUR

ENNIO LOÖ-CASTELO et LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE, se tenant par le bras, gagnent l’entrée de la terrasse qui domine la mer et des villas.
 

ENNIO LOÖ-CASTELO ADOLESCENT et LE PUBLIC
(Voix off)
Nous saoule pour pas cher
Chagrins et peines
De la semaine
Tout est noyé dans le bleu, dans le vert.
 

12. EXT/ INT. LA VOITURE D’ENNIO LOÖ-CASTELO. JOUR

ENNIO LOÖ-CASTELO roule dans le flot de la circulation. LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE qui est assise sur le siège passager coule des regards sur les immeubles et les promeneurs. Elle s’attarde sur les hôtels qui jalonnent le boulevard de la Croisette.
 

13. EXT/ INT. LA VOITURE D’ENNIO LOÖ-CASTELO. JOUR

ENNIO LOÖ-CASTELO ralentit derrière une automobile. LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE coule un regard sur le kiosque à musique.
 

14. EXT. LE KIOSQUE À MUSIQUE. JOUR

Assis sur les chaises des premiers rangs des MILITAIRES ALLEMANDS en compagnie de JEUNES FEMMES, jolies et parfois vulgaires, chichement habillées, assistent à un concert que donne un ORCHESTRE, ainsi que des FEMMES et des HOMMES qui occupent le reste des sièges. Quelques places sont libres.

LIZBETH LOÖ-CASTELO, vêtue modestement, assise à l’une des extrémités du dernier rang, est rejointe par Mr MAX et MISS qui s’asseyent à côté d’elle, tandis que les premières mesures d’une valse allemande envahissent l’espace. LIZBETH LOÖ-CASTELO lèvent les yeux sur le ciel où quelques nuages blancs sont immobiles, puis, elle opine de la tête.
 

15. EXT. RUE MEYNADIER. JOUR

ENNIO LOÖ-CASTELO et LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE, se tenant par le bras, marchent sur le trottoir et s’arrêtent un instant devant la façade 2 de la rue Meynadier. LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE fait courir son regard sur la façade. Puis, ENNIO LOÖ-CASTELO et LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE remontent la rue, noyés dans la foule de TOURISTES.
 

16. EXT. RUE LÉON NOËL. JOUR

ENNIO LOÖ-CASTELO et LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE sont devant l’immeuble du 35 de la rue. LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE laisse errer son regard sur la façade de de l’immeuble qui glisse jusqu’à la plaque commémorative.

INSERT SONORE – DES COUPS DE FEU, DES CRIS, UNE VOITURE

Des coups de feu de pistolets, des cris, des jurons en allemands, une voiture qui freine, des portières qui claquent.

FIN DE L’INSERT SONORE
 

SUITE DU 16. EXT. RUE LÉON NOËL. JOUR

LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE et ENNIO LOÖ-CASTELO échangent un regard. ENNIO LOÖ-CASTELO presse tendrement la main de LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE qui chasse une larme qui coule sur sa joue.
 

17. EXT. RUE TITIEN. JOUR

Des échanges de tirs se font entendre dans le magasin de cycle. Une Traction stoppe au milieu de la rue. Le GESTAPO 1, trench-coat, et le GESTAPISTE 2 sautent à terre, tandis que des BADAUX et des CURIEUX se pressent devant le magasin de cycle. ENNIO LOÖ-CASTELO ADOLESCENT poussant sont vélo s’approche de l’entrée. Aussitôt, un AGENT ALLEMAND, massif  et au visage couperosé apparait, sur le seuil, lui interdisant l’accès dans la boutique.
 

L’AGENT ALLEMAND
Ya ?

ENNIO LOÖ-CASTELO ADOLESCENT
(Soutenant le regard)
Je viens pour l’vélo, m’sieur.
 

L’AGENT ALLEMAND donne un coup de menton en direction du GESTAPO 3 qui s’approche à grand pas, suivi du GESTAPISTE 3.
 

L’AGENT ALLEMAND
Er will eintreten !
 

Le GESTAPO 3 se saisit du vélo et ouvre la sacoche accrochée au porte-bagage. Il sort des accessoires de réparation et une boite de rustine ainsi qu’un dépliant publicitaire d’un vélo de courses datant 1940 et des photos de champions cyclistes.
 

LE GESTAPISTE 3.
Pourquoi aujourd’hui, pourquoi maintenant, hein, p’tit connard.
 

18. EXT. RUE TITIEN. JOUR
 

L’AGENT ALLEMAND
Ouste !

LE GESTAPISTE 3.
Fous l’camp !
 

ENNIO LOÖ-CASTELO ADOLESCENT se fraye un chemin entre les BADAUX et les CURIEUX qui s’écartent et s’efface volontiers. La JEUNE FILLE DE LA RUE TITIEN lui sourit. Il lui répond d’un sourire.

ENNIO LOÖ-CASTELO ADOLESCENT longe la Traction qui tourne  au ralenti, en glissant un regard discret au CHAUFFEUR et rejoint LIZBETH LOÖ-CASTELO qui est dans l’angle d’une porte.
 

19. EXT. UNE RUE DU QUARTIER LE SUQUET. JOUR

ENNIO LOÖ-CASTELO et LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE, rejoignent la voiture qui est garée sur un emplacement réservé aux livraisons. Un PV est glissé sous un essuie-glace. ENNIO LOÖ-CASTELO s’en saisit et le met dans l’une de ses poches de sa veste. Il échange un regard avec LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE et hoche les épaules.
 

20. INT. LA SALLE DE RESTAURANT DE LA TOQUE D’OR. JOUR

Plusieurs tables sont occupées. ENNIO LOÖ-CASTELO et LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE, attablées en vis-à-vis, boivent un apéritif et reposent leurs verres.  Un SOMMELIER, entre deux âges, présente un Bordeaux rouge. Une SERVEUSE, 30/35 ans, apporte les entrées.
 

ENNIO LOÖ-CASTELO
Goûte maman…
 

LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE a une expression comique et acquiesce de ta tête. Le SOMMELIER verse un peu de vin dans le verre et patiente pendant qu’elle boit une petite gorgée puis lève les yeux sur lui.
 

LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE
Parfait jeune homme !
 

Ne pouvant réprimer un sourire, le SOMMELIER la salue d’un mouvement de la tête.
 

21. EXT/ INT. LA VOITURE D’ENIO LOÖ-CASTELO. JOUR

La voiture est garée dans un emplacement de la Promenade de la Pantiero. ENNIO LOÖ-CASTELO aide LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE à descendre de la voiture.
 

22. EXT. LA PROMENADE PANTIERO. JOUR

LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE, tenant la canne-épée dans l’une de ses mains, glisse son autre bras sous celui d’ENNIO LOÖ-CASTELO.
 

23. EXT. L’ALLEE DE LA PROMENADE PANTIERO. JOUR

ENNIO LOÖ-CASTELO et LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE marchent sur l’allée flanquée d’arbres et ombrageuses. Le soleil joue avec le feuillage et tache de lumière les bancs où ont pris place des PERSONNES de tous les âges, dont une JEUNE FEMME avec une poussette et une FILLETTE d’environ 5 ans. LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE, en passant près d’elles, pose les yeux sur elles et sourit, tandis qu’ENNIO LOÖ-CASTELO coule un regard sur le monument aux morts.
 

24. EXT. LE MONUMENT AUX MORTS. JOUR

L’ADOLESCENT DU MONUMENT AU MORTS pose un morceau d’étoffe bleu rectangulaire sur le parterre de fleurs qui ceint le monument aux morts. ENNIO LOÖ-CASTELO ADOLESCENT, surveillant les alentours, balaye son regard autour de lui. Puis, la JEUNE FILLE DU MONUMENTS AU MORT pose à côté du morceau de tissu bleu, un bout de tissu blanc, et, enfin, ENNIO LOÖ-CASTELO ADOLESCENT sort un tissu rouge de presque la même taille des deux autres et le met juste à côté du blanc.

INSERT. LES MORCEAUX DE TISSUS

Le morceau de tissu bleu sur lequel est brodé en rouge « Vive », celui en blanc sur lequel est brodé en bleu « la », et, enfin, le rouge, où est brodé en blanc « France ».

FIN DE L’INSERT

ENNIO LOÖ-CASTELO ADOLESCENT dispose sur chaque morceau des galets.
 

25. EXT. L’ALLEE DE LA PROMENADE PANTIERO. JOUR

ENNIO LOÖ-CASTELO et LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE s’engagent sur la seconde voie de la Promenade Pantiero. Au milieu de la chaussée, LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE tourne la tête en direction du monument aux morts.
 

26. EXT. LE MONUMENT AUX MORTS. JOUR

La place et la rue sont  envahies d’HOMMES et de FEMMES en armes. Des voitures sont en travers de la chaussée et certaines sont devant le perron de la mairie. Le cadavre du GESTAPISTE git sur les marches. Des corps jonchent le sol. Des tirs sporadiques puis soutenus sont échangés avec le rez-de–chaussée la mairie. Des RÉSISTANTS rampent et se déplacent le dos courbé pour se mettre à l’abri. Une RELIGIEUSE donne les premiers soins à un HOMME BLESSÉ. Vêtue d’un pantalon gris, d’un blouson également gris, chaussée de brodequins, les cheveux coiffés en chignon, armée d’un pistolet-mitrailleur, agenouillée au pied du monument aux morts, LIZBETH LOÖ-CASTELO donne des ordres à Mr MAX et aux HOMMES 1 et 2 DE LA LIBÉRATION, armé de fusils, qui se déplacent également courbés ou en rampants L’HOMME 2 DE LA LIBÉRATION se couche sur le sol, épaule et tir. Un ALLEMAND, qui se trouve derrière une Traction, est abattu d’une balle en pleine tête et un HOMME EN CIVIL, un pistolet en main, peu après sur les marches du perron.
 

27. EXT. LE PERRON DE LA MAIRIE. JOUR

ENNIO LOÖ-CASTELO et LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE grimpent les marches du perron de la mairie.
 

28. INT. LE HALL DE LA MAIRIE. JOUR

ENNIO LOÖ-CASTELO et LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE pénètrent dans la mairie. LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE lève les yeux sur l’escalier qui mène aux étages.
 

29. INT. LE HALL DE LA MAIRIE. JOUR

Alertée par des coups de feu qui proviennent des étages, LIZBETH LOÖ-CASTELO qui est suivie de MISTRAL, grimpe une à une les marches de l’escalier en se coulant contre le mur, les yeux braqués sur l’étage.
 

30. INT. LE PREMIER ÉTAGE DE LA MAIRIE. JOUR

Un HOMME DE 65 ANS ENVIRON, perdant du sang d’une blessure à l’abdomen git le sol. D’un geste fatigué, il montre avec difficulté un couloir qui disparait dans une demi-obscurité. LIZBETH LOÖ-CASTELO et MISTRAL s’agenouillent. Un coup feu claque et une balle siffle au-dessus de leurs têtes, tandis que l’HOMME DE 65 ANS, qui a toujours sa main tendue en direction du couloir, a la force de saisir sa canne-épée à la poignée en forme de tête d’aigle et de la tendre à LIZBETH LOÖ-CASTELO.
 

31. INT. UN ESCALIER DE SERVICE EN COLIMAÇON DE LA MAIRIE. JOUR

Tenant son arme et la canne-épée, LIZBETH LOÖ-CASTELO grimpe avec précaution l’escalier en colimaçon.
 

32. INT. LE DEUXIÈME ÉTAGE DE LA MAIRIE. JOUR

LIZBETH LOÖ-CASTELO arrive à la dernière marche. Un coup feu claque.

LIZBETH LOÖ-CASTELO surprise n’a que le temps de se baisser et laisse échapper son pistolet-mitrailleur qui dévale l’escalier en heurtant les limons.

Le GESTAPISTE 2, tel un dément, surgit en braquant son pistolet et presse la détente. Le chien percute la chambre vide. Aussitôt, LIZBETH LOÖ-CASTELO, qui se ressaisit, se redresse en extirpant la lame du fourreau. Elle se rue sur le GESTAPISTE 2 qui bat en retraite.
 

GESTAPISTE 2
Salope !
 

33. INT. LE PREMIER ÉTAGE DE LA MAIRIE. JOUR

Tenant d’une main la canne-épée ensanglantée et le fourreau, LIZBETH LOÖ-CASTELO rejoint MISTRAL et MISS qui sont au chevet de l’HOMME DE 65 ANS ENVIRON. Ils échangent un regard.
 

L’HOMME DE 65 ANS ENVIRON
(D’une voix très faible)
Gardez ma canne, ma… petite… demoiselle…
J’en ai plus… pour longtemps.
 

34. INT. LA SALLE  D’HONNEUR DE LA MAIRIE. JOUR

Un groupe de PERSONNES dont JANINE LOÖ-CASTELO, 75 ans, MISTRAL ÂGÉ, MISS ÂGÉE, LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE, ENNIO LOÖ-CASTELO, L’HOMME ÂGÉ « L’ADOLESCENT DU MONUMENT AU MORTS », LA FEMME ÂGÉE « LA JEUNE FILLE DU MONUMENTS AU MORT », les deux JUMELLES âgées de 5 ans, les membres de la famille et les amis prennent place devant un micro. Deux REPORTERS-PHOTOGRAPHES avec un reflex en main photographient l’assistance. JANINE LOÖ-CASTELO pose une main sur le bras d’ENNIO LOÖ-CASTELO.
 

JANINE LOÖ-CASTELO
Comment cela c’est passé ?

ENNIO LOÖ-CASTELO
Toujours aussi difficile… chaque endroit la fait souffrir.

LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE
Je me souviens tellement de ces jours sombres…

LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE
Pourtant y a eu des jours si heureux…

35. INT. LA SALLE  DE MARIAGE. JOUR

LIZBETH LOÖ-CASTELO 20 ANS, intimidée, dans une longue robe de mariée, tenant un petit bouquet de fleurs, glisse un regard énamouré à ANTONIO CASTELO, 22 ans, grand et svelte, en costume, puis sur ses TÉMOINS et une partie de l’assistance dont ses PARENTS, côte à côte qui lui sourit. Le MAIRE pose son regard sur l’assistance et la SECRÉTAIRE  DE MAIRIE glisse devant lui un document.
 

LE MAIRE
En ce 23 avril 1927… Antonio et Lizbeth…
 

36. INT. LA SALLE  D’HONNEUR DE LA MAIRIE. JOUR

Le MAIRE 2, entouré d’élus, d’officiels et du PRÉFET et des Membre de la mairie, fait face à LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE, visiblement émue, qui est soutenue par ENNIO LOÖ-CASTELO.
 

LE MAIRE 2
Mme Loö-Castelo… plutôt Commandant Brontë
j’ai l’honneur au nom de la France à jamais reconnaissante
de vous faire Officier de la Légion d’honneur.
 

La JEUNE FILLE 1 présente un coussin sur lequel il y a la médaille au MAIRE 2.
 

37. INT. LA SALLE  D’HONNEUR DE LA MAIRIE. JOUR

LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE chasse furtivement une larme qui coule sur sa joue.

La JEUNE FILLE 2 présente un coussin sur lequel il y a la médaille de Chevalier de la Légion d’honneur au PRÉFET qui s’en saisit.
 

LE PRÉFET
En ce jour de 2005, l’état efface un cruel oubli et fait à titre posthume
de faire Chevalier de la Légion d’honneur Antonio Castelo…
membre du MUR et officier de l’AS… torturé et fusillé à la Villa Montfleury…
 

38. EXT. LE CIMETIÈRE DU GRAND JAS. JOUR

LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE est entourée de MISTRAL ÂGÉ, de MISS ÂGÉE, de JANINE LOÖ-CASTELO, d’ENNIO LOÖ-CASTELO, de L’HOMME ÂGÉ « L’ADOLESCENT DU MONUMENT AU MORTS », de LA FEMME ÂGÉE « LA JEUNE FILLE DU MONUMENT AU MORT », les deux JUMELLES âgées de 5 ans, ainsi que le reste des membres de la famille et des amis, ainsi qu’un porte-drapeau et une chorale sont devant la tombe d’Antonio Castelo.

Le coussin sur lequel est agrafée la Légion d’honneur est posé sur le bord de la tombe.

ENNIO LOÖ-CASTELO lève les yeux sur le ciel d’un bleu intense.
 

39. EXT. LE CIMETIÈRE DU GRAND JAS. JOUR

Devant une tombe, ENNIO LOÖ-CASTELO ADOLESCENT est rejoint par MISS et Mr MAX. Il leur remet un billet.
 

ENNIO LOÖ-CASTELO ADOLESCENT
Maman n’a pas plus venir… elle croit qu’on la suit…

Mr MAX
Sûr… Y a des collabos et des donneurs dans votre immeuble.
Comme partout ! faut s’méfier mon p’tit Dumas.

ENNIO LOÖ-CASTELO ADOLESCENT
Les 400 cents coups se payent 100 francs.
 

40. EXT. LE CIMETIÈRE DU GRAND JAS. JOUR

MISTRAL remet de l’ordre sur une tombe. ENNIO LOÖ-CASTELO ADOLESCENT s’approche.
 

MISTRAL
N’soit pas inquiet pour l’Commandant. On va faire l’nécessaire.

ENNIO LOÖ-CASTELO ADOLESCENT opine de la tête.

ENNIO LOÖ-CASTELO ADOLESCENT
Les 400 cents coups se payent 100 francs.
 

41. EXT. LE CIMETIÈRE DU GRAND JAS. JOUR

La CHORALE entame le Chant des Partisans, d’une façon poignante.

LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE, émue et ENNIO LOÖ-CASTELO pleurent. Leurs larmes coulent sur leurs joues. La JUMELLE 1 s’approche de LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE et lui prend la main. La JUMELLE 2 rejoint ENNIO LOÖ-CASTELO. Elle lui prend également la main.

La JUMELLE 1 pose les yeux sur le coussin.
 

La JUMELLE 1
Pourquoi si tard la médaille.
 

La JUMELLE 1 lève la tête et coule un regard interrogateur sur LIZBETH LOÖ-CASTELO ÂGÉE.

LA JUMELLE 2
Par c’qu’y en avait plus et… qu’il fallait en faire d’autres.

LA JUMELLE 1
Ils ont mis du temps !

LIZBETH LOÖ-CASTELO et ENNIO LOÖ-CASTELO, tout en pleurant, esquissent malgré eux un sourire. Une partie des membres de l’assistance sourit aussi.

FONDU AU NOIR