L'édition de 1983 inaugure le Palais des festivals et des congrès (suite)

Le nouveau Palais, édifice imposant situé en bord de mer, ne fait pas l'unanimité. Il est aussitôt appelé « Bunker » par les journalistes et festivaliers car l'architecture moderne, conçue par Druet et Bennett, donne une impression de froideur et de rigueur qui tranche avec le charme classique du Palais Croisette. De plus, les règles de sécurité à l'intérieur de l'édifice sont renforcées.
Il reste cependant un problème à la municipalité : trouver une nouvelle fonction à l'ancien Palais. Durant la période du Festival, les locaux sont attribués à la Quinzaine des réalisateurs mais, le reste de l'année, le bâtiment reste quasiment vide. La première idée est d'y aménager un musée international du Cinéma, de l'Image et du Son, lequel pourrait prolonger l'image prestigieuse de la ville dans le domaine du Septième art et de l'audiovisuel. Mais le projet ne se réalise pas.
Alors, pour que l'édifice retrouve une utilité, la municipalité y installe les Services techniques de la ville. Cette solution d'urgence ne convient pourtant pas au nouveau maire de Cannes, Anne-Marie Dupuy. Pour elle, « il est aberrant de maintenir des Services municipaux dans un site prestigieux comme celui de la Croisette » déclare-t-elle à ses administrés.
De plus, le bâtiment pose un autre problème : son entretien reste cher pour la ville et sa mise en conformité, indispensable, nécessite un lourd investissement que la municipalité n'est pas disposée à faire. Anne-Marie Dupuy informe donc les Cannois des difficultés financières que crée maintenant le Palais Croisette. Dans une lettre qui leur est adressée, le maire écrit : « Quel que soit l'attachement qu'on lui porte, l'ancien Palais est aujourd'hui inadapté aux besoins : insuffisance notoire du stationnement, salles de spectacles inadaptées à beaucoup d'activités culturelles dont on sait que la plupart d'entre elles, non seulement ne rapportent rien à la ville, mais engendrent des dépenses. Celles-ci méritent un lieu mieux adapté à leurs activités. »
D'autres projets, après 1983, ont été étudiés par la municipalité notamment celui de transformer le Palais Croisette en casino municipal ; ils ne sont pas menés à terme. Alors, le Palais Croisette est démoli en 1988 et son emplacement cédé à une société immobilière.
La destruction de l'édifice crée une vive émotion ; pour beaucoup, c'est la disparition d'un festival, la fin d'une époque. Depuis trente-trois éditions, les festivaliers, les responsables et le personnel s'étaient habitués au Palais Croisette ; ils ont pris leurs habitudes et le transfert dans le nouveau bâtiment a provoqué, la première année, une émotion et une grande tristesse.
L'architecture du Palais des Festivals et des Congrès est discutée dès 1983 mais les installations techniques et l'espace qu'il procure séduisent peu à peu les participants. Cet aménagement reste nécessaire à la croissance de la manifestation. Les chiffres en témoignent notamment en matière d'accréditations puisqu'en six ans, de 1980 à 1986, on passe de 8 000 au double.
Ceci nécessite une nouvelle modification du bâtiment par la création d'extensions, cette disposition permettant au Festival d'accueillir en 1997, 29 774 accrédités et plus de 3 000 journalistes et techniciens.

Le Palais des Festivals et des Congrès possède donc aujourd'hui deux espaces principaux. D'abord, le grand auditorium Louis Lumière de 2 400 places où les spectateurs peuvent assister aux projections de la compétition officielle des longs métrages. Contrairement à l'ancien Palais, ce sont les places de l'orchestre qui restent réservées aux invités les plus prestigieux ; quant au balcon, il est destiné au public.
Ensuite, le théâtre Claude Debussy, de 1 000 places, qui accueille les séances programmées par l'équipe d'Un Certain Regard. Le Palais abrite également de nombreuses autres salles de projection, des salles de galas et de réception de 3 000 places, douze auditoriums, une salle de conférences, une salle de presse, des studios pour la télévision et radio, un hall d'exposition et parking de 1 000 places.

L'ouverture en mai 2000 du Riviera, nouvelle extension du Palais, agrandit la zone d'exposition de 7 000 m2 située en bordure de mer. Il y a huit nouvelles salles de cinéma, portant à vingt-huit le nombre de salles mises à la disposition des professionnels. Sans oublier la création du Village international sur les plages de la Croisette, en bordure du Palais et le Marché du film qui occupe le premier niveau de l'édifice.
A l'extérieur, les célèbres marches, au nombre de vingt-quatre, revêtent leur tapis rouge pour toute la durée de la manifestation. Le gain d'espace a facilité le travail des photographes et des cadreurs afin de surprendre le moment où les stars gravissent la légendaire construction sous les projecteurs et les flashs.
Le Festival de Cannes  s'est imposé comme le panorama géant de la production cinématographique mondiale. La construction du nouveau Palais a entraîné un afflux de festivaliers, une pléthore de projections, l'essor continu du Marché… et déclenché quelques mécontentement, les nostalgiques ne reconnaissant plus ce Festival. Ainsi, en 1986, les organisateurs, conscients des problèmes, lancent un nouveau mot d'ordre pour leur manifestation : « Concilier la culture et les affaires tout en gardant un côté humain et convivial », afin de renouer avec l'esprit et la grande famille du Festival des débuts.

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