Les années 70 : un nouveau départ après la crise de maiL'effervescence de mai 1968 enflamme la capitale alors qu'à Cannes les réjouissances ont commencé, le Festival « sommeillant au soleil, loin des barricades » lit-on dans les journaux.

Cette édition ne sera cependant pas comme les autres car, si la contestation a déjà envahi les écrans, elle est désormais aux portes du palais. Manifestation d'État de portée internationale, le festival cannois reste un lieu symbolique. En mai 1968, le moment est venu pour les opposants de faire exploser ce symbole de la France gaullienne, où la liberté des auteurs n'existe pas, où les milieux financiers dictent leur loi. Le Festival de Cannes ne peut plus être uniquement un lieu insouciant, paradis des starlettes. Il doit exprimer les réalités de son époque. Et la fête laisse place aux débats.

Mai 68, la prise de la forteresse cannoise

Résultat d'une jeunesse qui s'ennuie et d'un malaise social profond qui s'est emparé des Français, la crise de mai 1968, par sa spontanéité, prend au dépourvu toutes les autorités. Tout commence à l'université de Nanterre, dans la banlieue parisienne, quand des étudiants mécontents occupent leurs locaux. La contestation atteint rapidement la capitale et les affrontements avec la police sont inévitables. Le mouvement s'amplifie avec l'entrée en scène des partis politiques et des syndicats qui déclenchent une grève générale, ce qui aboutit progressivement à la paralysie du pays.
Dans la nuit du 10 au 11 mai 1968, à Paris, la répression policière se renforce ; le bilan est assez lourd : des centaines de blessés et d'importants dégâts matériels. Ce même soir, à Cannes, le Festival est déclaré ouvert et les festivités commencent : vingt-six longs métrages sont attendus en compétition officielle et la cérémonie de clôture doit se dérouler le 25 mai. Le jour de l'ouverture, Robert Favre Le Bret, le délégué général, reste confiant annonçant à l'avance son programme : « Quinze nuits blanches, une collection de migraines, les habituels incidents diplomatiques en perspective », assure-t-il à la presse.
Toutes les précautions habituelles ont été prises : deux films, Tell me lies de Peter Brook et A face of the war d'Eugene S. Jones, qui abordent la guerre du Viêtnam ont été retirés de la compétition car au même moment, à Paris, Américains et Vietnamiens du Nord entament des négociations.

Le comité a créé l'événement pour l'ouverture, en organisant une séance exceptionnelle de la copie restaurée de Autant en emporte le vent (Gone with the wind, 1939) de Victor Fleming. Vivien Leigh, l'héroïne du film, vient de disparaître et un hommage lui est rendu. Olivia de Havilland, seule survivante de la distribution, devait assister à la projection mais la somme importante qu'elle a demandée pour sa venue à Cannes n'a pas été acceptée par le comité. En raison des événements parisiens, aucun ministre n'inaugure le Festival ; seule est présente Corinne Gorse une jeune comédienne et fille du ministre de l'Information de l'époque. C'est la princesse Grace de Monaco qui conduit la cérémonie, accompagnée de la Bégum, de l'ambassadeur de Grande-Bretagne, du préfet des Alpes-Maritimes, des académiciens Maurice Genevoix et André Chamson, ce dernier président du jury. Après la projection, les invités se retrouvent au Club house du Port Canto, situé à l'extrémité de la Croisette, pour assister à un dîner et à un extraordinaire feu d'artifice.
Les jours suivants, les soirées se succèdent ; celle organisée par Eddie Barclay a été l'une des plus remarquées. Mais on sent bien que toutes ces festivités n'arrivent pas à dissimuler le malaise ambiant. L'atmosphère reste tendue, ce n'est pas une édition comme les autres.
La contestation monte : les critiques de cinéma font une pétition dans laquelle elle demande à tous les festivaliers de s'associer à la manifestation du lundi 13 mai pour soutenir les mouvements étudiants et dénoncer la répression qui constitue une entrave à la liberté culturelle. Ils évoquent aussi la suspension du Festival pour cette journée d'action.
Face à l'aggravation de la situation et des dangers qui pèsent désormais sur le concours, Robert Favre Le Bret décide de limiter les manifestations parallèles à la compétition organisées mais refuse de remettre en cause le déroulement du Festival. Fermement, il le fait savoir aux intéressés : « Le Festival n'a jamais été et ne peut être une tribune. C'est une manifestation culturelle et artistique internationale. On ne peut mêler à nos affaires intérieures des gens qui sont venus de loin pour réaliser les leurs ».
En même temps, à Paris, les étudiants des écoles de cinéma, en grève, se réunissent et décident de passer à l'action. Ils votent une motion appelant à la grève totale des studios, l'occupation des locaux du Centre national de la cinématographie et l'arrêt immédiat du Festival de Cannes. Les professionnels du cinéma suivent ce mouvement ; les tournages s'arrêtent les uns après les autres.
Cette information ne parvient à Cannes qu'un jour plus tard en raison de la paralysie des moyens de communication ; Jacques Rivette et Jacques Doniol-Valcroze parviennent, le 18 mai, à joindre François Truffaut qui vient d'arriver à Cannes. La nouvelle se propage rapidement et la ville devient un lieu de meetings et de débats.
Le 18 mai, malgré la décision des étudiants de Paris, celle d'arrêter le Festival de Cannes, sur place la compétition continue sereinement. Le programme de la journée est bien rempli avec la première projection de Peppermint frappé de Carlos Saura suivie d'un cocktail, d'un hommage à Georges Sadoul et enfin, en soirée, d'un dîner aux Ambassadeurs. Le film de Carlos Saura, seule projection officielle du jour, est très attendu par les critiques. Mais le programme est bouleversé, rien ne se passe comme prévu.
Dans la matinée, une délégation de contestataires rend visite à Robert Favre Le Bret pour lui annoncer ses intentions ; le responsable se souvient de cette discussion : « Ils venaient en quelque sorte me laisser entendre, que ma place n'était plus ici, qu'il n'y avait plus de Festival, qu'il importait de penser à des choses plus graves. Ils quittèrent le bureau décidés à empêcher par tous les moyens la poursuite des projections ».

Claude Lelouch, Jean-Luc Godard et François Truffaut
De gauche à droite : Claude Lelouch, Jean-Luc Godard et François Truffaut

C'est ainsi que Louis Malle, François Truffaut, Jean-Luc Godard, Jean-Gabriel Albicocco, Claude Berri, Milos Forman, Roman Polanski, Claude Lelouch, Henri Alekan… font irruption dans le Palais, se dirigeant directement vers la petite salle de projection pour informer le public que le Festival est clos. Arrivé dans la salle où de nombreux invités sont déjà arrivés, Jean-Luc Godard s'écrie : « Nous avons conquis de haute lutte en trente secondes le Palais du Festival et nous n'en sortirons que par la force des esquimaux Gervais ». François Truffaut, prend quant à lui un micro et annonce à l'assistance : « Tout ce qui est un peu digne ou important s'arrête en France. Je propose que nous arrêtions Cannes pour réunir les états généraux du cinéma français ».
Les réalisateurs Milos Forman, Jan Nemec, Michel Cournot, Salvatore Samperi et Mai Zetterling ont un film engagé en compétition mais, témoins de la scène, ils se rangent immédiatement aux côtés des contestataires et se retirent du concours, encourageant les autres candidats et les membres du jury à les rejoindre.
Alors que des débats enflammés prennent place dans la salle, à l'extérieur du Palais, les projections du Marché du film se poursuivent dans les cinémas de la rue d'Antibes et l'on peut apprécier le calme de la matinée sur les terrasses des grands hôtels. En  revanche, dans le Palais, le ton monte et l'on frôle à chaque seconde la bagarre générale quand quatre membres du jury, Monica Vitti, Terence Young, Louis Malle et Roman Polanski donnent leur démission.
Les débats continuent : Godard propose que les films soient projetés mais sans aucun public, Truffaut le contraire… Toute l'assistance réclame le début de la projection de Peppermint frappé ; Carlos Saura et sa femme, Géraldine Chaplin (vedette du film), aidés par les jeunes cinéastes, s'accrochent au grand rideau rouge de la scène pour le maintenir fermé. Pourtant la lumière s'éteint et la séance commence. Tous les opposants montent sur la scène et s'installent devant l'écran pour empêcher la diffusion du film dans un vacarme étonnant.
La projection du matin n'a pas eu lieu ; pourtant le public revient naturellement au Palais pour la séance de 15 heures, espérant cette fois voir le film de Carlos Saura. Mais les contestataires occupent toujours la place et, comme précédemment, de nouveaux affrontements éclatent. À ce moment-là, pour la première fois depuis le début des troubles, le délégué général, Robert Favre Le Bret, accompagné, entre autres, de Philippe Erlanger, fait son entrée dans la salle pour négocier avec les occupants le maintien des projections des films étrangers afin de « ne pas brimer ces cinéastes du monde entier qui font confiance au festival », déclare-t-il.
Les dirigeants demandent ensuite aux contestataires de sortir du Palais et font signe au projectionniste de faire partir la bande. La lumière s'éteint, les premières images apparaissent sur l'écran. Mais les opposants se déchaînent pour empêcher une nouvelle fois la projection. Il en résulte une violente bousculade ; Truffaut est plaqué au sol, Godard reçoit une gifle.
Toute cette agitation prend rapidement fin car des spectateurs croient entendre des craquements d'allumettes ; une partie de la foule pense à l'incendie et, prise de panique, quitte précipitamment la salle.
À la fin de l'après-midi, dans le Palais, les discussions sont encore vives quand Robert Favre Le Bret, au milieu du tumulte, revient pour annoncer la suppression du concours mais la reprise des projections.
Les discussions se terminent et les participant finissent par quitter le Palais. Mais les réalisateurs passent la nuit à négocier car nombre d'entre eux souhaitent la grève totale, l'arrêt immédiat de la compétition et des projections.
Face à l'agitation, les producteurs se réunissent et concluent à l'arrêt nécessaire des projections pour ne pas aggraver la situation ; ils prévoient également d'organiser une contre-manifestation.
Au deuxième étage du Palais, les discussions sont également très vives au sein du comité du Festival ; les responsables réfléchissent à la manière de déloger les occupants : arrêté municipal ou, comme l'avait suggéré un producteur, le sabotage du matériel destiné aux projections pour mettre les contestataires au pied du mur. Et les débats reprennent avec comme seule exigence d'éviter toute violence au sein de la manifestation car on a averti Robert Favre Le Bret que des éléments perturbateurs sont arrivés à Cannes avec la ferme intention de tout casser. Finalement, peu avant midi, les membres du Comité décident, à l'unanimité, de mettre la clé sous la porte et en informe les intéressés. Le Festival est clos le 19 mai 1968 à midi, le Palais se vide aussitôt.

Mises au point cannoises

L'édition de 1968 se termine subitement pour laisser place aux slogans parisiens tels que « L'imagination au pouvoir », « Il est interdit d'interdire »… qui résonnent alors sur la Croisette. Le célèbre boulevard, qui a connu défilés de chars et batailles de fleurs, se retrouve envahi par la foule de mécontents venus des alentours, notamment des étudiants de l'Université de Nice et des ouvriers des communes environnantes… sous les yeux étonnés des invités étrangers, majoritaires pendant la manifestation. Ceux-ci d'ailleurs parviennent avec difficulté à se rendre à Rome et y organise une sorte de marché du film improvisé. Beaucoup pensent avoir assisté au dernier Festival azuréen.

À Cannes, le bilan est catastrophique : un festival sans palmarès, un Marché du film arrêté et des films privés de carrière mondiale. Quelque temps plus tard, le calme revenu, la Société des Réalisateurs de films, formée entre autres par les metteurs en scène contestataires, engage des discussions avec le comité du Festival, discussions qui se poursuivent jusqu'à l'ouverture de l'édition suivante. Ils réclament la gratuité des places pour les projections des sélections, un palmarès établi par le public, la suppression de la tenue de soirée et le droit de gérer le Festival de Cannes. Comme le déclarent les auteurs, ces propositions doivent démocratiser la manifestation et en faire un lieu totalement dévoué aux professionnels du cinéma.
Dans un premier temps, le comité refuse de se plier aux exigences, convaincu que la force de la manifestation vient de « son indépendance, du fait de n'appartenir à telle ou telle chapelle ». Cependant, les responsables sont conscients de la nécessaire évolution de l'organisation. Ils acceptent de réformer quelques aspects de la manifestation en tenant compte des revendications exprimées en 1968.
Le Festival de Cannes de 1969 est sans doute une édition très attendue mais également très redoutée, celles où toutes les opinions s'affrontent dans un concours plus moderne et plus libre.

L'ère du nouveau Festival de Cannes

C'est avec une grande curiosité, que l'on attend l'édition de 1969. L'atmosphère, avant l'ouverture du 8 mai, est particulièrement lourde ; le pays reste sous le choc de la démission du général de Gaulle et, à Cannes, on craint de nouveaux troubles et manifestations.
Cette édition se déroule normalement avec ses scandales habituels, ses starlettes, des sélections surprenantes et un Marché du film qui a retrouvé sa fiévreuse activité.
Une première affaire éclate avant quand le comité exclut des sélections le film d'Aleksandar Petrovic, La Fin du monde. Le réalisateur yougoslave crie à l'injustice et accuse les dirigeants d'avoir fait un choix arbitraire. Alors, pour mettre fin au scandale, le comité réintègre l'œuvre dans le concours.

Ensuite, c'est au tour de Z de Constantin Costa-Gavras de provoquer quelques troubles ; le film est une coproduction franco-algérienne mais il représente uniquement la France d'où les réclamations de l'Office national du cinéma algérien. Cette requête n'a pas eu de suite. Le film remporte néanmoins un grand succès ; le public, debout, ovationne le réalisateur et rend hommage à l'auteur de la musique du film, Mikis Theodorakis, toujours emprisonné en Grèce.
Du côté du jury, présidé par Luchino Visconti, il y a également certaines complications. Deux jurés, le critique britannique Karl Foreman et son homologue français Claude Mauriac, démissionnent pour protester contre la censure. L'actrice suédoise Ingrid Thulin, autre membre du jury, quitte également Cannes et se trouve remplacée par Marie Bell, comédienne française. Le critique Robert Kanters rejoint aussi le jury, en remplacement.
La soirée de clôture n'est pas épargnée. L'annonce du palmarès doit être retransmise en direct à la télévision. Certains journalistes parviennent à connaître à l'avance les identités des lauréats. L'un d'entre eux jette par la fenêtre un papier sur lequel sont inscrits les résultats. L'information se diffuse, la cérémonie n'intéresse plus personne.
Malgré les scandales cette édition est une réussite avec plus de 460 films projetés et plus de 7 000 participants. Pour arriver à ce résultat, l'organisation "a dû être bouleversée" pour reprendre l'expression de Robert Favre Le Bret. Tout semble rentré dans l'ordre en 1969 ; pourtant, on sent encore un souffle de contestation sur la Croisette et la sélection officielle des longs métrages est imprégnée de ces idées de révolution et de ce nouvel état d'esprit.

Le palmarès confirme cette tendance : le film britannique If de Lindsay Anderson reçoit la Palme d'or. D'autres lauréats s'opposent également au cinéma conventionnel comme Easy rider de Dennis Hopper qui s'empare du Prix de la première œuvre, Z qui obtient deux récompenses et Adalen 31 de Bo Widerberg qui repart avec le Prix spécial du jury. Le Festival avait mal commencé pour le réalisateur suédois exclu du palais lors de la projection de son œuvre. Bo Widerberg et les membres de son équipe, ne portant pas de smoking, ont entonné L'Internationale sur les marches du Palais et le service d'ordre a fait évacuer les lieux. Et sur la scène du palais, Michael Wadleigh, réalisateur de Woodstock, dénonce la politique américaine.
Le ton est donné, les films de la compétition annoncent le thème de la décennie : la révolte. Fini le temps de la prudence et de la diplomatie, les sélections sont teintées d'idées politiques et de luttes sociales. La censure française a disparu, le cinéma mondial s'est libéré, les jeunes auteurs peuvent désormais s'exprimer à Cannes.
D'ailleurs, ils ne s'en privent pas d'autant plus qu'en 1969, est donnée au Festival de Cannes une image originale et neuve par la création d'une section parallèle au concours organisée librement, sans l'intervention du comité.
Le Festival devient un vaste champ d'expérience et de recherche quand Robert Bresson et Robert Enrico, représentants de la Société des réalisateurs, ont obtenu non sans mal, le droit d'organiser leur propre présentation de films : la Quinzaine des réalisateurs. En totale indépendance, ils mènent cette manifestation parallèle au concours officiel de la Palme d'or.

Le nouveau souffle de la Quinzaine des réalisateurs

La première Quinzaine des réalisateurs, section baptisée par Jacques Doniol-Valcroze, se déroule en 1969 et « présente des films sans contraintes idéologiques et représentatifs des cinémas du monde » comme le précise Pierre-Henri Deleau, le premier délégué général de l'organisation.
Le bureau s'installe près du Palais, à La Malmaison, sur le boulevard de la Croisette, quant aux films, ils sont projetés gratuitement dans les salles de deux cinémas de la rue d'Antibes, le Rex et l'Olympia puis, avec le succès, les séances se déroulent au cinéma Le Français. Enfin en 1983, quand le Festival quitte l'ancien Palais, la Quinzaine s'y installe avec pour devise « Les films naissent libres et égaux entre eux : il faut les aider à le rester » (Pierre Kast).
Lors de la première Quinzaine, les cinéastes ouvrent à tous les spectateurs une programmation, Cinéma en liberté, de 88 films et représentant 25 pays D'ailleurs, la séance inaugurale a été mouvementée, le film prévu n'étant pas arrivé à Cannes. Dans l'urgence, Jean-Gabriel Albicocco et Pierre-Henri Deleau choisissent une bobine au hasard, celle de La Première charge à la machette du réalisateur cubain Manuel Octavio Gómez.
Les films de la Quinzaine font de plus en plus parler d'eux sur la Croisette et les critiques commencent à s'y intéresser. La section prend de l'ampleur ; en 1970, elle accueille 4 000 spectateurs et, vingt ans plus tard, on en compte plus de 72 000.
Rapidement, la Quinzaine et le Festival, indépendants l'un de l'autre, devinrent concurrents, chaque sélection essayant d'obtenir les meilleurs films. Certains films de la Quinzaine sont même engagés en compétition officielle comme Calcutta, le documentaire de Louis Malle.

Le concours officiel évolue, ses sélections de plus en plus tournées vers le cinéma d'auteurs ou de jeunes réalisateurs de toute origine. L'ère du nouveau Festival de Cannes se confirme avec l'arrivée de Maurice Bessy puis de Gilles Jacob au poste de délégué général en 1978 ; Gilles Jacob accepte pour la première fois de présenter des films censurés, parfois arrivant secrètement sur la Côte d'Azur comme L'Homme de marbre (Cztowiek z marmuru) d'Andrzej Wajda qui débarque à Cannes en film surprise ; les autorités polonaises lui ont interdit de représenter la Pologne dans un festival international.
La Quinzaine perd son monopole de liberté, celui qui en 1969 a été sa raison d'être mais reste essentielle au Festival. Elle ne cesse de découvrir de grands talents et a ouvert la voie, dans les années 70, à d'autres sections parallèles, intégrées dans l'organisation du Festival de Cannes.

Le Festival et ses sections parallèles

En 1972, Robert Favre Le Bret devient président du Festival de Cannes et Maurice Bessy lui succède au poste de délégué général. A son arrivée, il comprend immédiatement l'importance des sélections parallèles pour la manifestation ; elles permettent au concours de s'ouvrir sur d'autres genres de films. Alors Maurice Bessy prend l'initiative d'inaugurer ces nouvelles programmations :

  • En 1973, apparaît une section, Études et documents ; elle devient deux ans après Les Yeux fertiles présentant des films qui abordent des sujets artistiques.
  • L'Air du temps naît en 1976 ; c'est une section consacrée aux films d'actualité ou qui soulèvent des thèmes contemporains.
  • En 1976, Le Passé composé fait son entrée au Festival, dédié aux films de montage, aux archives des journaux d'actualité et extraits de films de fiction.
  • Enfin en 1978, à l'initiative de Gilles Jacob, les sections Les Yeux fertiles, L'Air du Temps et Le Passé Composé sont rassemblées pour former Un Certain Regard, section qui donne un coup de projecteur sur des œuvres de qualité notamment sur celles de jeunes réalisateurs. Un Certain regard n'est plus aujourd'hui qu'une simple sélection de films, c'est aussi un concours. De plus, la Caméra d'or est aujourd'hui remise au meilleur réalisateur de tous les films présentés dans ces manifestations parallèles.

Après 1968, le Festival de Cannes bouillonne, s'ouvre à tous les courants et toutes les idées comme le montre les Palmes d'or de la décennies :

  • M.A.S.H de Robert Altman, comédie cynique sur la guerre de Corée, est consacré alors que les Américains continuaient les combats au Viêtnam ;
  • La Classe ouvrière va au paradis (La Classe operaia va in paradiso) de Elio Pietri et L'Affaire Mattei (Il Caso Mattei) de Francesco Rosi illustrent le renouveau du cinéma italien ;
  • Chronique des années de braise de Mohamed Lakhdar-Hamina embrase Cannes en 1975 ;
  • Le très controversé Padre Padrone, La révolte d'un berger de Paolo et Vittorio Taviani ou encore Le Tambour (Die blechtrommel) de Volker Schlöndorff  et Apocalypse now de Francis Ford Coppola se hissent au plus au rang des épopées sociales et politiques.

L'ère de l'immobilisme est donc révolue ; l'année 1968, fait renaître le Festival de Cannes en accélérant sa modernisation. Une nouvelle manifestation apparaît, manifestation qui tient à conserver certains grands principes hérités de son passé et qui, en même temps, fait la promotion des nouvelles idées de la décennie. C'est à ce moment-là que le Festival de Cannes s'impose véritablement et devient l'événement cinématographique mondial, suivant le rythme effréné et la liberté retrouvée des créateurs de cinéma.