Inondations du 3 octobre 2015 : Cannes un an après

Il y a un an, au soir du 3 octobre 2015, Cannes vivait l’un des pires événements pluvieux recensés en France ces quarante dernières années. Un drame humain avant tout, cinq Cannois y ont perdu la vie. Des milliers d’autres, particuliers et entreprises, ont été sinistrés. Les inondations ont occasionné 300 millions d’euros de dégâts sur Cannes, dont 40 millions sur le seul domaine public (bâtiments, voirie, vallons), à la charge de la commune.

Le triste anniversaire de ce drame donne aussi l’occasion de constater le travail réalisé pour la remise en état de la ville. De prendre la mesure des actions engagées, dès le lendemain des intempéries, par la Mairie de Cannes. Outre l’exceptionnelle mobilisation des agents municipaux pour déblayer, évacuer, nettoyer ‑ précieusement aidés par des centaines de bénévoles ­‑ la direction des services s’est également complètement investie dans sa mission « d’aide aux sinistrés, de réparation de la commune et d’anticipation du risque inondation ».

Conférence de presse donnée par le maire de Cannes jeudi 29 septembre

C’était d’ailleurs le but de la conférence donnée par le maire de Cannes jeudi 29 septembre : « Rendre des comptes aux Cannois, avant tout. » Et il y avait fort à dire sur l’ensemble des dispositifs mis en œuvre par David Lisnard et ses équipes dès l’instant où le premier magistrat a déclenché ‑ à 23h45 précisément le 3 octobre 2015 ‑ le Plan de Sauvegarde de la Commune. Une première dans l’histoire de Cannes, qui a permis de coordonner l’ensemble des services impliqués (secours, propreté, voirie…), protéger la population et engager la reconstruction méthodique de la commune. Un an plus tard, la facture grimpe déjà à 11 815 273 euros, sans augmentation des taux d’impôts communaux pour les contribuables cannois.

L’aide aux sinistrés

« La Mairie de Cannes a plutôt bien réagi il y a un an. Je salue évidemment le travail des agents mais aussi l’implication de l’encadrement municipal qui a également œuvré H24, avec beaucoup de sang-froid, a modestement commenté le maire de Cannes. Nous devons sortir de ce genre de crises plus intelligents, en nous appuyant sur une politique globale qui exige de la méthode ».

Intempéries : cellule de crise

C’est précisément avec cette approche pragmatique  que les services de la Ville ont su répondre, sur plusieurs fronts, à ceux qui en avaient besoin.  Avec la mise en place rapide notamment,  dans les jours qui ont suivi, d’une Cellule aide juridique et assurance (1 230 sinistrés aidés), une Cellule psychologique (219 appels et entretiens réalisés) et une Cellule relogement (77 demandes traitées, soit 207 personnes). David Lisnard a souhaité pérenne et personnalisé le suivi des 490 sinistrés qui se sont manifestés auprès du CCAS.

La problématique gestion des déchets

Sur le terrain, également, c’est avec cette même méthode que les interventions ont été décidées pour venir à bout des 1 150 tonnes d’ordures ménagères et des 3 250 tonnes d’encombrants déversés par les inondations. Une quantité 20 fois supérieure à la normale qui a saturé les déchetteries dès la 1re semaine. Pour pallier cette grave problématique du traitement des déchets, la commune de Cannes a obtenu l’ouverture d’un centre de transit et de tri. Sans compter les déchets que la Mairie de Cannes a extirpés des eaux avec le nettoyage des fonds marins au droit des vallons (Foux, Riou, Frayère).

La réparation des bâtiments et voiries

Méthode encore pour entamer et planifier la réparation de la centaine de bâtiments municipaux touchée, à des degrés divers, par les inondations : piscine Grand Bleu, Faculté des Métiers, Studio 13, écoles de la Frayère et Bocca Parc, le 25 avenue de la République, l’hôtel de ville, le local des Restos du Cœur, la Ferme Giaume, le Bel Âge Bobillot… D’autres bâtiments, trop durement impactés, ont nécessité une démolition, comme l’école de danse Vandelli, les garages municipaux du parking Vallombrosa ou encore un local commercial sur République.

Côté voirie, plusieurs opérations d’envergure ont été menées pour la remise en état les boulevards de la République, du Soleil et du Riou, le chemin de Carimaï, la passerelle Frayère…

Priorité aux vallons

La Mairie de Cannes a également fait du curage et du nettoyage des vallons une priorité. Au total, ce sont plus de 6 500 tonnes de boues, sédiments et gravats qui en ont été retirées (contre 100 tonnes par an habituellement). Des travaux d’urgence ont aussi été réalisés afin de conforter certains ouvrages ou de procéder à des réhabilitations complètes. Par ailleurs, la Mairie de Cannes, soucieuse de poursuivre pleinement la réhabilitation de ces vallons, en l’absence de la validation du « PAPI Valons » par l’État, a engagé un « Programme pluriannuel 2017-2019 » avec la CACPL. L’investissement prévu entre 2017 et 2019 avoisine le 1,8 million d’euros pour quatre vallons (Châtaignier, Font de Veyre, Gabres et Devens).

Inondations : prévention et culture du risque

En marge de toutes ces réparations, le maire de Cannes a également très tôt intégré la prévention du risque inondation dans le planning des actions municipales. À ce jour, la Ville de Cannes s’est déjà dotée d’équipements spécifiques.  Comme un outil cartographique en 3D afin de simuler, analyser et gérer les crises, ou encore des téléphones satellites en cas de défaillance des réseaux classiques comme ce fut le cas il y a un an.

L’anticipation du risque inondation passe aussi par l’entretien préventif des vallons et des cours d’eau. Sur la partie publique, soit 30 % des surfaces totales, 84 000 m2 ont déjà été débroussaillés en 2016, contre 55 000 m2 en 2015. De même, 48 000 m de cours d’eau ont été curés depuis les inondations, contre 2 500 m sur les 9 premiers mois 2015. Quant aux tronçons de vallons situés sur des parcelles privées (70 % des cas), la Ville de Cannes a rappelé les propriétaires à leurs obligations, jusqu’au dépôt de Déclarations d’Intérêt  Général (DIG). Même effort appuyé sur l’entretien des avaloirs, la mairie cannoise a pris à sa charge, en régie, le curage 33 000 avaloirs par an, en plus des 41 000 interventions effectuées par le délégataire.

Afin de mieux évaluer et prévenir la vulnérabilité propre à chaque site (bâtiments, quartiers…), la municipalité a engagé des diagnostics afin de proposer les solutions techniques appropriées. Les permis de construire sont désormais soumis, au cas par cas, à ce diagnostic de vulnérabilité avant d’être accordés. De fait, à ce jour, les services municipaux ont opposé un refus sur la concernant de trois maisons, un bâtiment industriel et un immeuble collectif. Plus largement, la problématique inondation est également en cours d’intégration à la Révision du Plan Local d’Urbanisme.

Prévenir la population

Enfin, la Mairie de Cannes a planché sur l’élaboration d’un Document  d’Information Communal des Risques Majeurs qui sera diffusé à destination de tous les administrés au cours du dernier semestre 2016. Sur le terrain, des repères de crues seront installés prochainement dans les vallons de la Foux, des Gabres, du Riou et de la Frayère. Des exercices inondation réguliers seront organisés dans les écoles et les crèches cannoises afin d’adopter les réflexes préventifs, essentiels à la mise en sécurité des enfants.

Cannes, et les communes de la CACPL, ont mis au point une application gratuite « MyPredict », grand public, pour recevoir les alertes en temps réel. Sur le terrain, les informations seront systématiquement relayées sur les panneaux à messages variables. Renforcés par des signalisations sonores à travers des haut-parleurs en cours d’installation – 106 pour commencer – sur 53 sites sensibles. L’État s’est aussi engagé à remettre à niveau les sirènes classiques d’alerte à la population.

« En 1882, le quartier République avait vécu un orage similaire à celui du 3 octobre 2015, qui avait fait sept morts. Bien avant tout débat relatif à l’urbanisation…, a remémoré David Lisnard au terme de la présentation de ce bilan. Il nous faut donc garder simplement beaucoup d’humilité face à de tels événements ».